// LES NUMÉRIQUES — MOBILE & WEB
Actualité : Pourquoi la météo de votre iPhone et de votre Android n'affichent jamais la même chose
Même lieu, même instant, deux téléphones côte à côte, et pourtant deux prévisions différentes. L'écart n'a rien d'un bug. Apple et Google ne s'appuient pas exactement sur les mêmes sources, ni sur les mêmes chaînes de traitement. Derrière l'icône d'un nuage se cache une bataille de modèles mathématiques, de données radar et d'intelligence artificielle.
© Shutterstock / Jermain P - Pourquoi la météo de votre iPhone et de votre Android n'affichent jamais la même chose
Vous l'avez sûrement déjà remarqué autour d'une table : votre application annonce une matinée sèche, celle du voisin promet une averse, et vous êtes pourtant au même endroit. Le réflexe est d'accuser l'un des deux téléphones de se tromper. La vérité est plus retorse. Aucun des deux ne ment vraiment, ils ne regardent simplement pas le ciel avec les mêmes lunettes.
Tout part d'un choix d'ingénierie différent. Pour son application Météo, Apple s'appuie sur WeatherKit, un service qui agrège plusieurs sources officielles selon les pays et les paramètres concernés. Parmi elles figurent notamment l'ECMWF, la NOAA, le DWD, Météo-France, le Met Office ou encore les services météo japonais et canadiens. Pour la pluie à très court terme, Apple conserve aussi l'héritage technologique de Dark Sky, notamment sur la visualisation radar et le nowcasting.
Google suit une logique plus hybride. Avec WeatherNext, le groupe met en avant ses modèles d'IA GraphCast et GenCast pour la prévision globale, ainsi que MetNet-3 pour la prévision de précipitations à courte échéance. Ces réseaux n'appliquent pas les équations de la physique atmosphérique pas à pas ; ils apprennent les évolutions du temps à partir de gigantesques jeux de données historiques, notamment ERA5. En pratique, toutefois, les produits météo affichés sur Android ou dans les API Google combinent encore systèmes d'IA et chaînes de prévision plus classiques. Autrement dit, ni Apple ni Google ne reposent sur un seul moteur unique du début à la fin.
Reste à savoir qui voit juste. Sur le terrain des grands modèles mondiaux, l'ECMWF européen reste la référence opérationnelle la plus souvent citée pour sa précision en moyenne échéance. Le GFS américain demeure très utile, plus fréquent dans ses mises à jour et très largement diffusé, mais il est encore souvent considéré comme un cran derrière sur la qualité brute des prévisions globales.
Cette supériorité tient à plusieurs facteurs concrets. La résolution d'abord : les prévisions globales opérationnelles de l'ECMWF tournent aujourd'hui autour de 9 kilomètres de maille, y compris pour son ensemble, quand le GFS travaille sur une maille plus grossière selon les produits considérés. L'ECMWF bénéficie aussi d'une assimilation très poussée des observations et d'un ensemble probabiliste de 51 membres, particulièrement utile pour les situations incertaines et les événements extrêmes. Le GFS garde néanmoins de solides atouts : il est ouvert, gratuit, massivement repris par les applications tierces et mis à jour plusieurs fois par jour.
Le modèle ne fait pourtant pas tout. Entre la prévision brute des centres météo et le chiffre affiché sur votre écran, l'application elle-même introduit ses propres écarts. Certaines arrondissent vos coordonnées au point de grille le plus proche, d'autres se calent sur une station voisine, et d'autres encore lissent les données pour économiser des requêtes serveur, au risque d'effacer des microclimats très réels.
La température ressentie illustre bien ce flou. Tous les éditeurs n'utilisent pas exactement la même formule, ni les mêmes hypothèses sur le vent, l'humidité ou l'exposition, ce qui peut créer des écarts visibles d'un écran à l'autre. Ajoutez à cela les retards de mise à jour, les différences d'horodatage et les métriques de fiabilité que les météorologues jugent sur la durée, et l'on comprend vite qu'une seule averse ratée ne suffit pas à condamner un modèle. La prochaine fois que deux téléphones se contrediront, souvenez-vous : ce n'est