// FUTURA SCIENCES — SPAZIO & SCIENZA
Les Romains savaient fabriquer un béton qui se répare : leur recette revient pour faire durer nos constructions !
À quelques mètres d’une route très fréquentée du Gloucestershire, des archéologues viennent de mettre au jour quelque chose d’inattendu. Un lieu oublié, parfaitement intégré au réseau routier romain, qui pourrait bien éclairer d’un jour nouveau la manière dont on voyageait il y a près de deux millénaires.... Lire la suite
Du Panthéon jusqu'aux aqueducs en passant par le Pont du Gard, certains ouvrages romains sont encore presque intacts plus de deux millénaires après avoir été construits, alors que nos bétons modernes se fissurent en quelques décennies. Aux Etats-Unis, une start-up issue du MIT (Massachusetts Institute of Technology) a percé le secret de cette longévité exceptionnelle, longtemps attribuée à tort aux seules pouzzolanes, des cendres volcaniques utilisées dans les mortiers antiques.
En 2023, une équipe de recherche menée par le professeur d'ingénierie civile et environnementale Admir Masic a mis en évidence un procédé particulier appelé « hot mixing », ou mélange à chaud, qui favorise la formation de petits fragments de chaux très réactifs disséminés dans le mortier, lui conférant ainsi une étonnante capacité d'auto-réparation.
Concrètement, les Romains incorporaient directement de la chaux vive avec les éléments pouzzolaniques. La réaction avec l'eau chauffait fortement le mélange et laissait dans la matrice des inclusions riches en calcium qui ressemblaient à des grumeaux. Ces fragments de chaux pouvaient ensuite alimenter des réactions minérales qui contribuaient à la réparation du matériau.
Ainsi, lorsqu'une fissure apparaissait et que de l'eau s'y infiltrait, une partie de la chaux se dissolvait puis recristallisait sous forme de carbonate de calcium. La fente se colmatait alors d'elle-même en quelques jours. Testée en laboratoire, la méthode a prouvé son potentiel auto-réparateur.
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Il restait encore à savoir si les Romains utilisaient réellement cette technique. En 2025, à Pompéi, un chantier figé par l'éruption du Vésuve en -79 a permis aux chercheurs d'analyser des murs en cours de construction et de démontrer que la chaux vive était bel et bien prémélangée à sec avec la pouzzolane avant l'ajout d'eau. Le mélange à chaud faisait donc partie des techniques employées par les maçons romains.
Les travaux de recherche menés au MIT ont donné naissance à DMAT, une strat-up co-fondée par Admir Masic et l'entrepreneur italien Paolo Sabatini, qui adapte ces mécanismes antiques à des formulations contemporaines. Il ne s'agit pas de copier à l'identique le mortier romain, mais de produire des additifs qui peuvent être facilement intégrés aux procédés existants afin de rendre le béton plus durable. La start-up affirme que sa technologie peut prolonger de 50 % la durée de vie de certaines structures et faire baisser les émissions de CO₂ de 60%. En 2026, un mortier de réparation conçu par DMAT a été utilisé sur l'autoroute N13, dans les Grisons, en Suisse.
Les Romains n'avaient évidemment pas conçu un béton « bas carbone », mais deux millénaires plus tard, le mortier qu'ils ont inventé pourrait devenir l'une des innovations qui contribueront le plus à réduire l'impact environnemental du secteur du bâtiment.