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Ring promet un chiffrement à toute épreuve pour vos vidéos, mais la réalité est plus nuancée
Ring déploie TAKE, un nouveau mode de chiffrement qui deviendra le standard par défaut pour l’ensemble de ses utilisateurs à travers le monde. Une promesse de confidentialité renforcée que plusieurs analyses indépendantes viennent toutefois tempérer.
Amazon a construit la réputation de Ring sur un paradoxe : vendre de la sécurité domestique tout en alimentant régulièrement les craintes de surveillance de masse. On pense notamment à une publicité durant le Super Bowl sur la détection d’animaux perdus perçue comme un aveu des capacités de traçage du réseau de caméras. La marque avait donc besoin d’un geste fort. TAKE, pour « Throw Away the Key Encryption » ( « Jeter la clé de chiffrement » en bon français), dont le déploiement a commencé ces jours-ci, se présente comme une réponse directe à ces critiques, mais avec quelques trous dans la raquette.
Le principe repose sur une gestion inédite des clés de chiffrement. Vos vidéos Ring, déjà chiffrées pendant leur transmission et leur stockage, voient désormais leur clé conservée temporairement dans ce que l’entreprise décrit comme une enclave sécurisée du cloud, comparable à un coffre-fort scellé. Cette clé sert uniquement à activer les fonctionnalités intelligentes du compte, notification de mouvement ou recherche vidéo par exemple, avant d’être supprimée. Seul l’utilisateur, et les personnes avec qui il partage l’accès, conservent ensuite la clé sur leurs appareils enregistrés.
Techniquement, cette clé transite par une enclave AWS Nitro, verrouillée par des contrôles d’accès et une isolation matérielle. Ring affirme qu’aucun employé ne peut y accéder, et que le déverrouillage nécessite une attestation cryptographique prouvant que le logiciel exécuté correspond exactement à celui validé par l’entreprise. Le chiffrement de bout en bout classique, disponible depuis 2021, reste proposé en option pour les utilisateurs qui acceptent de sacrifier le partage multi-appareils et certaines fonctions cloud en échange d’un contrôle total.
Sur le papier, l’amélioration est réelle. Une clé supprimée après usage plutôt que conservée indéfiniment réduit mécaniquement la fenêtre d’exposition, aussi bien face à un piratage qu’à une requête judiciaire mal encadrée.
L’Electronic Frontier Foundation a toutefois publié une analyse qui nuance sérieusement cette avancée. Premier point soulevé : Ring conserve la copie des clés pendant 24 heures dans son infrastructure cloud, le temps de faire fonctionner ses fonctions intelligentes. Un vrai chiffrement de bout en bout signifierait que l’entreprise ne détient jamais la clé, à aucun moment, ce qui rend structurellement impossible toute transmission, même sous contrainte légale. TAKE réduit la fenêtre d’exposition sans l'’éliminer.
Deuxième réserve, plus concrète encore : les clés de récupération de compte restent par défaut stockées directement sur la caméra elle-même. En cas de saisie physique de l’appareil, cette configuration pourrait, selon l’EFF, ouvrir une voie d’accès que le discours marketing de Ring ne mentionne jamais. L'entreprise confirme par ailleurs qu’en réponse à une procédure légale valide, mandat ou citation à comparaître, elle peut toujours transmettre des informations sur l’abonné ainsi que les fichiers vidéo chiffrés, même si elle assure ne plus pouvoir fournir le contenu déchiffré.
Enfin, aucun audit de sécurité indépendant complet n’a pour l’instant été rendu public. Ring évoque des tests internes rigoureux et des composants critiques déjà soumis à une évaluation externe, tout en indiquant explorer de futures vérifications indépendantes. En attendant, les utilisateurs doivent essentiellement croire l'entreprise sur parole, dans un secteur où la confiance se gagne difficilement et se perd en un claquement de doigts. TAKE deviendra le système de chiffrement par défaut pour tous les appareils Ring dans les prochains mois.