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Quand l’Espagne paie pour se débarrasser de son électricité : le drame du réseau solaire sans batteries
L’Espagne figure parmi les pays européens les plus avancés en matière d’énergies renouvelables. Un essor en grande partie favorisé par l’abondance de ses ressources naturelles. Avec d’importants gisements de vent, un fort potentiel solaire et de nombreux réservoirs exploités pour l’hydroélectricité, les nouvelles capacités de production se sont rapidement multipliées.
Mais aujourd’hui, le pays commence à montrer des signes d’essoufflement. Si son secteur électrique était jusqu’ici en bonne voie vers les objectifs, il devient désormais plus difficile de maintenir le rythme.
Le mix électrique espagnol est aujourd’hui composé à 60 % d’électricité renouvelable. Cet été d’ailleurs, les énergies vertes ont atteint un record de production. Mais il pourrait être difficile d’aller beaucoup plus loin, du moins à court terme. Le réseau électrique s’approche en effet de ses limites de capacité, comme le détaille une publication du 6 septembre de Bloomberg.
De nombreux projets sont ainsi mis en attente avant de pouvoir être raccordés, nouvelles centrales de production, batteries ou encore centres de données. Ces délais de raccordement peuvent facilement décourager les investisseurs, qui risquent alors de se tourner vers d’autres marchés. À terme, la situation pourrait freiner le développement de nouvelles infrastructures énergétiques.
Le gouvernement a toutefois déjà prévu un plan pour moderniser le réseau électrique. D’ici 2030, 13,6 milliards d’euros seront investis afin d’augmenter les capacités du réseau à haute tension.
Les délais de raccordement ne sont cependant pas le seul facteur susceptible de refroidir les investisseurs. Il y a surtout le risque de l’effondrement de la filière solaire. La rentabilité de l’industrie est remise en question en raison du déséquilibre de plus en plus prononcé entre l’offre et la demande sur le marché de gros.
À certaines heures de la journée, la surabondance du solaire fait chuter les prix de l’électricité, parfois jusqu’en territoire négatif. Au 4 septembre, l’Espagne comptabilisait déjà 681 heures de prix négatifs, un nouveau record annuel.
Alors que les grands opérateurs peuvent être protégés par des contrats à prix fixes, les plus petits acteurs sont directement exposés aux fluctuations du marché. Pour eux, les contrats de long terme deviennent alors plus difficiles à sécuriser. Or, sans visibilité sur les revenus futurs, il devient également plus difficile de convaincre les investisseurs.
La péninsule Ibérique souffre aussi d’un handicap structurel : elle reste une quasi-île énergétique. L’Espagne ne compte qu’environ 3 gigawatts d’interconnexions avec la France, le Portugal, l’Andorre et le Maroc, soit moins de 3 % de sa capacité installée, très loin de l’objectif européen de 15 % visé pour 2030. Faute de liaisons suffisantes, le pays peine à exporter ses excédents vers le reste du continent, ce qui accentue la chute des prix aux heures de forte production solaire. Une nouvelle interconnexion avec la France, en construction sous le golfe de Gascogne, doit à terme accroître ces échanges.
La multiplication des périodes de prix négatifs cette année a aussi fortement mis l’accent sur l’insuffisance des capacités de stockage du pays. En effet, jusqu’ici, la majorité des nouvelles installations renouvelables ne sont pas associées à des batteries.