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Actualité : "C'est un cataclysme" : Cédric Villani et 24 autres médaillés Fields se disent secoués par la percée mathématique de l'IA
Trois jours après qu'OpenAI a annoncé avoir résolu l'un des problèmes du millénaire grâce à 10 000 agents d'IA autonomes, 25 lauréats de la médaille Fields, dont Cédric Villani et Terence Tao, alertent sur un possible "effet destructeur" de l'intelligence artificielle sur la recherche en mathématiques.
© Frederic Legrand - Cédric Villani, médaille Fields 2010. En juin 2026, il affirmait que les modèles d'IA "ne comprennent rien de ce qu'ils disent". Trois mois plus tard, il décrit la percée mathématique d'OpenAI comme "un cataclysme comme jamais les maths n'en ont connu".
Le 8 septembre 2026, OpenAI a annoncé qu'un essaim d'environ 10 000 agents autonomes, propulsés par un modèle interne non accessible au public, avait trouvé une singularité dans les équations de Navier-Stokes en trois dimensions. Le problème, vieux de plus d'un siècle, figurait parmi les sept problèmes du prix du millénaire du Clay Mathematics Institute, chacun doté d'un million de dollars. OpenAI a déclaré ne pas avoir l'intention de réclamer le prix. La preuve, formalisée dans l'assistant Lean, attend encore une vérification indépendante.
La communauté mathématique a été soufflée. Cédric Villani, médaille Fields 2010 et spécialiste des équations aux dérivées partielles, qui affirmait encore en juin que les LLM "ne sont pas intelligents et ne comprennent rien de ce qu'ils disent", a reconnu avoir été ébranlé.
J'ai été secoué. Une ambiance de fin de l'histoire. C'est un cataclysme comme jamais les maths n'en ont connu.
Le 11 septembre, vingt-cinq lauréats de la médaille Fields ont publié une tribune dans Le Monde, parmi lesquels Terence Tao, Pierre-Louis Lions, Hugo Duminil-Copin, Peter Scholze et Artur Avila. Ils y alertent sur un possible "effet destructeur" de l'IA sur la recherche mathématique et appellent les entreprises d'IA à "répondre urgemment" aux questions que leur technologie pose à la discipline.
Leur formule centrale : "Les objectifs des entreprises d'IA et ceux de la communauté mathématique divergent profondément."
Isabelle Gallagher, présidente de la Société mathématique de France et elle-même spécialiste des équations de Navier-Stokes, a résumé le malaise dans un témoignage bref : "Le dopage a fait irruption dans notre métier." Sur son blog, David Madore, enseignant-chercheur à Telecom ParisTech, va plus loin, évoquant une "destruction des mathématiques en tant qu'activité humaine".
Le séisme ne touche pas que les sommets de la discipline. Jean Abou Samra, doctorant en deuxième année à Budapest, témoigne d'un trouble plus intime : "L'usage de l'IA contredit toutes mes motivations et valeurs. J'ai toujours envie de rester dans la recherche, même si ce qui se passe m'interroge. Surtout, je me demande s'il y aura encore des emplois pour moi après ma thèse."
Sur Radio Classique le 15 septembre, Villani a détaillé sa position : il interdit à son doctorant d'utiliser les outils d'IA générative pendant la durée de sa thèse. "Pendant la formation, il faut travailler dur pour remodeler son esprit, son cerveau", a-t-il déclaré, ajoutant que "le chemin est encore plus important en sciences, et en mathématiques en particulier, que le résultat lui-même".