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Actualité : L'Apple Watch peut résumer vos conversations, de quoi inquiéter ceux qu'elle écoute
Audio Intelligence permet à l'Apple Watch de résumer les discussions de la journée et de transcrire les dernières secondes captées. Apple a verrouillé la confidentialité du porteur. L'Electronic Frontier Foundation s'intéresse aux autres : ceux d'en face, qu'on n'a jamais consultés.
Vous parlez à un collègue d'un projet encore confidentiel. Sa montre écoute et transcrit, puis résume, sans bip ni voyant lumineux. Le soir, un condensé de l'échange atterrit sur son téléphone. Personne ne vous a prévenu, encore moins demandé votre accord. Voilà le scénario qui fait bondir les défenseurs de la vie privée.
Audio Intelligence équipe les Apple Watch Series 12 et Ultra 4, celles qui embarquent la puce S11. Sur ses quatre fonctions, deux posent problème. Live Rewind affiche les quinze dernières secondes de conversation en texte, après un double appui sur la couronne. Siri Recap va beaucoup plus loin : il prend des notes ambiantes au fil des heures et fabrique des résumés de vos échanges, histoire de vous rafraîchir la mémoire.
Côté technique, Apple n'a pas bâclé son travail. Aucun enregistrement sonore n'est gardé. La voix est traitée dans un compartiment cloisonné de la puce, le Secure Exclave, puis effacée. Seule une transcription condensée et anonymisée voyage jusqu'aux serveurs sécurisés de Cupertino, où elle n'est pas stockée. Les deux fonctions dorment par défaut, on peut les restreindre à certaines plages horaires ou à certains lieux, et un compte rendu non sauvegardé s'évapore au bout de sept jours. Du sérieux. Mais qui ne protège qu'un seul individu.
Ce bénéficiaire unique, c'est le porteur du bracelet. Ses interlocuteurs, eux, repartent sans aucune garantie : c'est le problème du tiers, du bystander, et l'Electronic Frontier Foundation en a fait le cœur de son alerte. Adam Schwartz, directeur du contentieux sur la vie privée à l'organisation, formule l'objection ainsi : le droit à la confidentialité des conversations doit inclure la liberté de ne pas voir ses propos documentés par la technologie d'autrui, sans consentement clair et explicite.
Première faille, l'absence de signal. Live Rewind sonne un carillon et déclenche une animation, même en mode silencieux. Siri Recap, lui, travaille en continu et n'annonce rien. Son voisin de conversation n'a aucun moyen de l'apprendre, donc aucun moyen de s'y opposer. Ajouter une alerte ne suffirait d'ailleurs pas : l'EFF rappelle qu'un bip ne vaut pas accord, et que quitter la pièce ou réclamer l'extinction d'une montre au milieu d'une phrase relève de l'exploit social.
Cupertino se défend : ni enregistrement, ni transcription mot à mot. L'argument laisse l'organisation froide, et franchement on comprend pourquoi. Un résumé écrit de ce que vous avez dit reste une trace de ce que vous avez dit.
En Californie, comme dans dix autres États américains, enregistrer exige l'accord de toutes les personnes attablées. La loi fédérale, elle, se contente du consentement d'une seule partie. Capter puis transcrire les paroles d'un tiers sans son feu vert pourrait donc tomber sous le coup de la loi, fichier sonore ou non. Aucune décision de justice n'a encore statué sur le cas d'un résumé rédigé par une IA, et c'est le poignet équipé qui assumerait la responsabilité en cas de plainte.
En entreprise, le risque est plus prosaïque : arriver en réunion ou en négociation avec ce modèle au bras peut suffire à enfreindre un accord de confidentialité ou une charte interne. Avertir ses interlocuteurs, désactiver la captation dans les salles sensibles et poser une règle écrite coûtera toujours moins cher qu'un contentieux.
Chez nous, la question patiente. Siri Recap dépend de Siri AI et d'Apple Intelligence, dont le déploiement européen reste gelé pour des motifs de conformité réglementaire. Le sursis ne durera probablement pas, et il ne vise qu'une marque : montres et lunettes à micro permanent débarquent de partout, sans que personne ait tranché le sort des gens qui passent à portée.