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La carte de Back Market révèle le poids caché de nos téléphones, tellement plus lourds que ce qu'on imagine
Back Market lance Mine My Phone, une plateforme interactive consacrée aux matières premières de nos smartphones. On s'aperçoit qu'un téléphone de 200 grammes réclame par exemple plus de 266 kg de matières premières.
Il y a quelques jours, la plateforme en ligne française spécialisée dans la vente d'appareils électriques et électroniques reconditionnés, Back Market, a dévoilé Mine My Phone, un site pédagogique, gratuitement accessible, qui retrace l'origine des métaux contenus dans nos téléphones et les impacts de leur extraction. L'entreprise y cartographie l'envers des smartphones, mine par mine, métal par métal. Elle accompagne ce lancement d'une étude menée dans six pays et réclame au passage que la loi impose dix ans de durabilité aux appareils électroniques.
La plateforme range aussi plus d'une vingtaine de métaux dans une bibliothèque plutôt bien fichue. Prenons l'indium. Présent à l'état de traces dans nos téléphones, notamment dans l'écran, il entre dans la composition de l'oxyde d'indium-étain, un revêtement conducteur transparent qui permet à la dalle de repérer où se pose votre doigt. La Chine en fournit plus de 70 %. Quant à son taux de recyclage, il est aujourd'hui nul, alors que ce métal pourrait en théorie être récupéré dans tous les écrans existants.
Back Market nous rappelle à juste titre ce chiffre donné par l'ADEME, l'agence de la transition,en 2022. 266,7 kg de matières premières extraites sont nécessaires pour un smartphone de 200 grammes sur la balance, soit plus de 1 300 fois son poids. Multiplié par les 1,2 milliard d'appareils vendus chaque année, cela dépasse les 319 millions de tonnes, l'équivalent de plus de 900 Empire State Buildings, iconique bâtiment new-yorkais. Un poids dont on a rarement conscience. D'après un sondage Opinium réalisé pour Back Market auprès de 6 000 personnes dans six pays, dont la France, plus d'un sondé sur deux ne sait citer aucune matière première présente dans son téléphone. Seul un sur quatre se dit certain de savoir ce qui compose son appareil, et sept sur dix n'ont jamais cherché à connaître l'origine de ces matières premières. On ne peut pas forcément leur en vouloir ou s'en vouloir, mais il est effectivement peut être temps de faire de la pédogie là-dessus.
D'où la proposition de l'entreprise française, à savoir l'instauration d'un standard légal de dix ans, qui engloberait la durée de vie des appareils, leur réparabilité et leur suivi logiciel. L'Europe a déjà fait un pas en ce sens : depuis juin 2025, les fabricants doivent garantir sept ans de pièces détachées et cinq ans de mises à jour après l'arrêt de commercialisation d'un modèle. Back Market veut aller plus loin et calcule qu'un téléphone conservé dix ans plutôt que deux ans et demi éviterait l'extraction d'environ 757 kg de matières par appareil. 66 % des personnes interrogées par la marque y sont favorables.
Alors évidemment, un vendeur de reconditionné tel Back Market n'est pas un arbitre neutre dans ce débat, même si sa directrice marketing, Joy Howard, assure que l'entreprise n'a « jamais eu pour vocation de vendre toujours plus d'appareils ». Son propre sondage le montre bien. Quand on leur explique qu'un smartphone reconditionné évite l'extraction d'environ 243 kg de matières premières par rapport à un modèle neuf, selon les calculs de l'ADEME, 49 % des personnes interrogées se disent plus enclines à en acheter un. Back Market ne compte cependant pas mener ce combat seule. Une coalition de fabricants, de pouvoirs publics et d'acteurs de l'économie circulaire (réparation, réemploi, recyclage) est en train de se former autour de ce standard de dix ans. Ses premiers membres devraient être connus avant le Slow Tech Summit, le rendez-vous que l'entreprise organise à Paris le 15 octobre prochain.