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Actualité : “Dégagez d’ici et ne revenez jamais” : opposante à un datacenter géant, cette fermière de 83 ans refuse un chèque de 26 millions de dollars
Dans le Kentucky, une fermière de 83 ans et sa fille ont rejeté une offre de 26 millions de dollars pour racheter leurs terres afin d’y construire un immense datacenter.
© Milos Ruzicka/Shutterstock - Deux fermières refusent 26 millions de dollars pour leurs terres en apprenant qu'un datacenter y serait construit
Les datacenters sortent de terre à vitesse grand V pour répondre à la demande de l’IA, mais la contestation autour de ces infrastructures n’est pas près de s’arrêter. Au fin fond du Kentucky, les géants de la tech se sont heurtés à deux agricultrices, une mère de 83 ans et sa fille de 54 ans, ayant préféré garder leur terrain au lieu de devenir riches grâce à un chèque de 26 millions de dollars. Une bataille qui dépasse le simple attachement à un héritage vieux de près de deux siècles, portée par leur peur des dérives de l’intelligence artificielle.
À Maysville, dans le Kentucky, Ida Huddleston (83 ans) et sa fille Delsia Bare veillent sur leurs terres agricoles, transmises de génération en génération depuis 1848 et s’étalant sur 216 hectares, qu’elles entendent bien préserver face à l’IA.
Approchées par un promoteur pour le compte d’un projet opaque au premier abord, elles se sont vu proposer 26,48 millions de dollars pour racheter leurs parcelles, soit dix fois la valeur du marché. Si elles donnent d’abord un accord préliminaire devant cette somme qui en ferait rêver plus d’un, le réveil est brutal lorsqu’elles découvrent la finalité du chantier : un datacenter géant de 2,2 gigawatts attribué à Meta, assorti d’une clause de confidentialité stricte.
Delsia, persuadée que “l’intelligence artificielle causera la destruction de l’espèce humaine”, révoque alors immédiatement le contrat et lâche une formule sans détour aux représentants : “Dégagez d’ici et ne revenez jamais !” Sa mère refuse tout autant de sacrifier sa tranquillité : “Même avec 26 millions de dollars, je voudrais juste rester assise dans mon fauteuil, boire mon café et manger là où je l’ai toujours fait”, tranche l’octogénaire.
Un refus radical qui a tout de même fracturé la communauté de cette petite ville de 8 700 habitants. En contestant le projet en justice, les deux femmes ont gelé les transactions de tout le secteur, privant au passage leurs voisins d’un pactole inespéré et déclenchant de vives querelles locales. C’est aussi une porte fermée à près de 2 000 emplois (dont 400 postes permanents et plus de 1 500 dans la construction), qui auraient pu attirer du monde et dynamiser la région.
Cette fracture dans le Kentucky est loin d’être isolée, les datacenters suscitant de vives contestations dans la majorité des régions et pays où des projets sont en cours d’approbation. Aux États-Unis, le ras-le-bol touche même les petites infrastructures. À Dallas, l’arrivée surprise d’un mini datacenter ultra-bruyant, comparé à un avion au décollage, a poussé tout un quartier à organiser la riposte.
En France, la tension monte également autour de l’accaparement du foncier. À Châteauroux, le projet démesuré de Google sur 195 hectares a provoqué de vives tensions locales et la démission de plusieurs élus inquiets pour les terres agricoles et les ressources en eau, tout en pointant du doigt le manque de garanties du géant américain.
Pourtant, cette défiance populaire contraste avec les ambitions institutionnelles. Dans un rapport récent, les sénateurs français préconisent au contraire d’accueillir davantage de datacenters en France pour rendre l’IA moins polluante, s’appuyant sur un mix électrique national décarboné à 95 %.