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Actualité : Datacenters : l'Europe connaît leur soif d'eau et d'électricité, mais refuse de dire les chiffres
Depuis 2023, la Commission européenne collecte la consommation réelle des grands datacenters de l'Union. Ces chiffres restent pourtant inaccessibles au public. Un collectif de journalistes d'investigation vient de saisir une instance internationale pour les obtenir.
© Amazon - Dans les allées d'un datacenter d'Amazon. Combien d'eau et d'électricité consomment ces machines ? Bruxelles le sait, le public non.
Le 30 septembre, Lighthouse Reports et cinq médias européens, dont Mediapart en France, ont publié le fruit d'un an d'enquête sur l'opacité qui entoure les centres de données. Le collectif néerlandais a saisi le comité d'examen du respect de la convention d'Aarhus. Ce traité, signé par l'UE et ses 27 membres, garantit au public l'accès à l'information environnementale.
Depuis la directive sur l'efficacité énergétique de 2023, les États membres transmettent chaque année à Bruxelles les indicateurs de leurs datacenters : électricité, eau, chaleur rejetée. Le 21 septembre, la Commission a dévoilé son projet de classement, fondé sur ces consommations. Le public n'aura accès qu'aux notes et à des moyennes agrégées. Les volumes site par site restent sous clé.
Or un campus géant, comme les 195 hectares que Google projette à Châteauroux, peut décrocher une bonne note tout en engloutissant des quantités colossales d'eau et d'électricité. Les géants du secteur cherchent toutes les parades à leur appétit énergétique, Google allant jusqu'à envoyer un datacenter d'IA en orbite avec SpaceX. Sur Terre, la facture reste invisible.
Vue d'artiste du futur campus de datacenters d'Interxion (Digital Realty) à La Courneuve, près de Paris. Sur le toit, des centaines d'unités de refroidissement dont la consommation réelle restera confidentielle.
Interrogée par nos confrères, la Commission européenne défend son dispositif.
Cette base de données est la meilleure preuve que nous ayons en notre possession pour parler de la soutenabilité du secteur.
Les journalistes ont sollicité les 27 États membres. Dix ont affirmé ne pas détenir les chiffres, une demi-douzaine ont invoqué le secret commercial. L'Allemagne a fait patienter les enquêteurs neuf mois, la Grèce a tout refusé.
En France, où un rapport officiel alertait déjà sur l'explosion de leur consommation d'eau et d'électricité, la Commission d'accès aux documents administratifs a enjoint au gouvernement de communiquer ces indicateurs. Il s'est exécuté avec un tableau de 163 lignes et 28 colonnes, mélangées dans un ordre aléatoire et donc inexploitables. Le ministère de la Transition écologique invoque le secret des affaires.