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La petite revanche de Huawei contre les États-Unis : l’Américain Qualcomm achète des brevets au Chinois
L’embargo américain contre Huawei a eu de lourdes conséquences. Les smartphones de la marque ont été privés des services Google. Ses canaux d’approvisionnement ont aussi été chamboulés, au point qu’il est devenu très difficile pour la marque de se fournir en composants, notamment en puces compatibles 5G. Huawei n’a retrouvé la 5G qu’en 2023, avec le Mate 60 Pro et ses propres puces Kirin.
Pourtant, ce lundi 5 octobre, c’est Qualcomm qui est venu chercher des brevets chez Huawei. Les deux entreprises annoncent un accord de licence sur plusieurs années. Chacune pourra utiliser les brevets de l’autre dans plusieurs domaines dont la 5G et l’IA. Qualcomm achète en plus une partie des brevets américains de Huawei.
C’est donc une victoire symbolique pour Huawei. Jusqu’ici, l’argent circulait essentiellement dans un seul sens : de Huawei vers Qualcomm. En effet, le Chinois paie l’Américain pour ses brevets depuis 2001, et d’après Reuters, c’est le premier accord entre eux qui couvre explicitement la 5G. En 2020 encore, Huawei avait dû verser 1,8 milliard de dollars (environ 1,6 milliard d’euros) d’arriérés à Qualcomm pour mettre fin à un litige.
Dans une licence croisée, chaque entreprise autorise l’autre à exploiter ses inventions sans risquer de procès. Ni les montants ni la durée exacte de l’accord n’ont été publiés. Or, deux portefeuilles de brevets ont rarement la même valeur, et ce genre d’accord prévoit souvent un paiement de compensation de la part de celui qui apporte le moins.
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Justement, d’après Nikkei Asia, la balance pencherait cette fois du côté chinois. Une fois l’accord validé, Qualcomm deviendrait pour la première fois payeur net envers Huawei. Le rachat des brevets implique forcément un versement de Qualcomm, mais ni Huawei ni Qualcomm n’ont confirmé que le solde global penche du côté chinois. Sans chiffres publiés, impossible de le vérifier.
Rappelons aussi que Huawei a été inscrit sur une liste noire (Entity List) par les États-Unis. Toute entreprise qui veut lui vendre des biens, logiciels ou technologies soumis au droit américain doit obtenir une licence du département du Commerce. En mai 2024, Washington a d’ailleurs retiré à Qualcomm celle qui l’autorisait à livrer des puces 4G à Huawei. L’accord avec Qualcomm porte, lui, sur des droits de brevets : chacun s’engage à ne pas poursuivre l’autre en justice, sans livrer ni puces ni logiciels.
Chacun présente d’ailleurs l’accord à son avantage, même si les deux dirigeants saluent aussi, dans le communiqué commun, l’apport de l’autre. Alan Fan, responsable de la propriété intellectuelle de Huawei, y voit la preuve de « la valeur des innovations de Huawei ». Il cite les codes polaires, une technique de transmission du signal retenue dans la norme 5G. John Han, qui dirige la branche licences de Qualcomm, parle plutôt d’une reconnaissance du « leadership de Qualcomm dans la 5G ».
Pour Huawei, l’accord s’ajoute à une activité de licences qui lui rapporte plus qu’elle ne lui coûte depuis 2021. Le groupe estime qu’une fois l’accord finalisé, la valeur totale de ses contrats de licence dépassera 6,9 milliards de dollars (environ 6,1 milliards d’euros).
Pour donner un ordre de grandeur, Huawei a déclaré environ 630 millions de dollars de revenus de licences en 2024, près de dix fois moins que Qualcomm la même année. Song Liuping, directeur juridique de Huawei, reconnaissait aussi que le groupe a versé au fil des ans près de trois fois plus de redevances qu’il n’en a touché.