// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
Laurent Nuñez : ferme et rond à la fois
Avec la mobilisation des lycéennes et des lycéens, Il est l'un des membres du gouvernement parmi les plus en vue. Laurent Nuñez est une figure politique incontournable de la semaine, face à la gestion de la crise lycéenne.
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Dans son costume sombre – on remarque la rosette de la légion d’honneur à la boutonnière –, derrière ses lunettes, on le sent très confiant et comme impatient de prendre la parole. Avant de se lancer, il égalise son paquet de fiches : c’est Laurent Nuñez devant la Commission des lois de l’Assemblée nationale, mercredi dernier. Le ministre de l’Intérieur est invité à s’expliquer sur la gestion de l’ordre public dans le cadre de la mobilisation lycéenne. D'emblée, il n’hésite pas à prononcer une phrase qui, il le sait, risque d’en énerver plus d’une et plus d’un.
“La première vérité à rétablir c’est qu’il n’y a pas d’intervention des forces de sécurité intérieure face à des lycéens qui manifestent pacifiquement. Il n’y a pas d’intervention systématique, il n’y en a pas quand les choses se passent pacifiquement. Je trouve donc excessif de parler de répressions policières d’un mouvement. Ce n’est pas le cas !”
"La violence que l'on rencontre, c'est inédit" dans les mouvements lycéens, estime Laurent Nuñez
Le ton est péremptoire. Dans le même temps, Laurent Nuñez annonce que, dans les manifestations de jeunes, l’usage des grenades assourdissantes est suspendu "tant que la lumière n’a pas été faite" (dans l’affaire de Lens où un adolescent a eu la main arrachée). Faut-il y voir un geste d’apaisement ? Dans un article du Journal du Dimanche de 2017, Laurent Nuñez se définit lui-même comme "ferme et rond à la fois". À ce moment-là, il vient d’être nommé à la tête de la DGSI, le Renseignement intérieur et cela fait déjà près de 10 ans qu’il est spécialisé en sécurité. Sur son CV, très fourni, on lit entre autres : sous-préfet à Vesoul et à Bayonne, directeur de cabinet du préfet de la Seine-Saint-Denis, directeur de cabinet du préfet de police de Paris. Donc, des manifs, il en a géré…
Exemple, le 24 mai 2016, en pleine colère contre la loi travail. Déblocage du terminal pétrolier de Fos-sur-Mer : flash-ball, canons à eau, gaz lacrymogènes. Les grévistes dénoncent "un usage inacceptable de la force" De son côté, Laurent Nuñez alors préfet de police des Bouches-du-Rhône, utilise sans doute déjà le mot qu’il ne cesse de répéter aujourd’hui : "proportionnalité". Il est ici dans le podcast Legend :
“Il ne faut pas contenir et réprimer l’expression populaire, il faut la laisser s’exprimer mais il ne faut pas tolérer de débordements. C’est une ligne de crête. Car vous avez ceux qui, dans les oppositions, vous disent (quand il y a des débordements) qu’on est nuls, qu’on ne sait pas gérer l’ordre public. Et vous avez ceux qui vous disent (quand vous intervenez) que vous réprimez le mouvement. Voilà, c’est une ligne de crête. Mon job est d’être toujours sur la ligne de crête et d’essayer d’être le plus équilibré possible."
Ado, Laurent Nuñez ne se voit pas premier policier de France, juste policier, commissaire même. Il l’admet : il aime "quand ça bouge". Il dit : "les missions casse-gueule, ça ne me fait pas peur". Il assure que le travail non plus. Le ministre de l’Intérieur explique dormir 4, 5 heures par nuit, avec à portée de main combien de téléphones portables ? Quand il était patron de la DGSI, il en avait 6.
Tout cela ne lui laisse pas beaucoup de temps pour ses passions. Il est amateur de corrida : avant d’être rapatriée en France depuis l’Algérie au début des années 1960, c’est l’Andalousie que sa famille avait quittée à la fin du XIXe siècle. Il aime bien aussi la chasse, il le confie en 2023 au site Miss Konfidentielle en ajoutant qu’il la pratique "trop rarement" chez lui, dans le Cher (il est né à Bourges). Il est aussi adepte de football : "En son temps, le football me permettait de retrouver mes amis, c’est festif". Laurent Nuñ