// CLUBIC — INTELLIGENZA ARTIFICIALE
Sans piste ni pilote, le drone de combat Valkyrie d’Airbus a pris son envol en Europe
Airbus et Kratos ont réussi le premier vol en Europe du U740 Valkyrie, un drone de combat collaboratif. L’appareil, qui recevra un système de mission européen dopé à l’intelligence artificielle, doit être prêt au combat d’ici 2029.
Le premier vol européen du drone de combat U740 Valkyrie a eu lieu sur un site d'essais d'Europe du Nord, et la copie fut propre, comme nous l'apprend Airbus, son développeur, ce lundi 12 octobre 2026. tous les objectifs fixés ont été atteints. Décollage à la fusée, manœuvres, ajustements de mission en vol, l'appareil a coché toutes les cases. Mais derrière la prouesse technique se joue surtout une affaire de souveraineté, avec un système maison censé garder l'Allemagne et ses voisins européens aux commandes.
Pour ce baptême de l’air, le Valkyrie s’est passé de piste. Car c'est une fusée d’appoint qui l’a propulsé dans les airs, comme un coup de pouce au décollage, avant que son propre moteur prenne le relais. L’appareil a ensuite enchaîné les manœuvres à différentes altitudes et atteint Mach 0,8. Cela représente 80 % de la vitesse du son, soit environ 900 à 1 000 km/h selon l’altitude. En cours de vol, sa mission a même été modifiée, et le drone s’est adapté sans encombre.
Grâce à ce lancement depuis un simple rail, il peut décoller loin de toute base aérienne, un gage de résilience selon Airbus. Il pourra toutefois aussi utiliser une piste, de façon classique.
Les premiers vols réservent d'ordinaire « beaucoup d'occasions d'apprendre », rappelle Eric DeMarco, patron de Kratos, qui collabore avec Airbus sur l'U740 Valkyrie. Celui-ci a pourtant été « un succès incroyable », qu'il attribue à la maturité de l'appareil et à la bonne intégration des équipes. Côté gabarit, l'engin mesure 9,1 m de long pour 8,2 m d'envergure et pèse environ trois tonnes au décollage. Il dispose de plus de 5 000 km d'autonomie et d'un plafond de 45 000 pieds, près de 13 700 m. Il embarque une soute à armement interne et des points d'emport sous les ailes.
Les prochains essais embarqueront MARS (Multi-platform Autonomous), le système de mission conçu par Airbus, que le constructeur présente comme le « cerveau européen » du drone. Les logiciels, applications, données et matériel restent sous contrôle allemand ou européen, si bien que l'Europe peut utiliser l'appareil sans dépendre d'un tiers pour le faire fonctionner. Épaulé par l'IA, MARS sait mener une mission de bout en bout et coordonner plusieurs appareils engagés ensemble. La machine ne décide pas de tout pour autant. Un humain supervise en permanence et garde la main sur les décisions critiques, qui doivent respecter les règles d'engagement, c'est-à-dire les conditions dans lesquelles une armée peut ouvrir le feu, ainsi que le droit et l'éthique.
Pour Mike Schoellhorn, le patron d'Airbus Defence and Space, les armées de l'air ont besoin d'une « masse de combat abordable ». Autrement dit, elles doivent pouvoir aligner de nombreux appareils sans ruiner les budgets, quand un avion de chasse coûte, lui, une fortune. Pour y parvenir, Airbus marie la cellule de Kratos, c'est-à-dire la structure de l'appareil, déjà éprouvée et retenue dans un programme officiel, à son propre système de mission souverain.
On sait que le Valkyrie pourra voler seul ou en ailier d'un chasseur piloté comme l'Eurofighter, pilier de l'armée de l'air allemande. Il lui permettra d'aller plus loin, de frapper plus fort et de mieux se protéger, en s'exposant à sa place lors des missions les plus risquées. Les deux partenaires visent l'Allemagne, mais aussi d'autres pays, avec 2029 en ligne de mire.