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Actualité : “Nous créons des êtres extraterrestres” : Geoffrey Hinton, le parrain de l’IA, prévient qu’il ne reste que quelques années à l’humanité pour s’adapter
Le père des réseaux de neurones a reçu le Guardian dans sa maison de Toronto. Il y défend des IA qui, selon lui, comprennent ce qu'elles disent, et assume de privilégier notre espèce face à ces nouvelles entités. Il répond aussi aux attaques du patron de Nvidia et tire à vue sur Donald Trump, ce “repris de justice corrompu et sénile” qui ne comprendrait presque rien à l'IA.
© Cmichel67 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 - Geoffrey Hinton, prix Nobel de physique 2024, estime qu’il ne reste que quelques années à l’humanité pour s’adapter à l’IA.
Geoffrey Hinton a quitté Google en 2023 pour parler librement des dangers de l'intelligence artificielle. Il ne s'en prive plus.
Dans un long entretien publié le 13 octobre par le Guardian, le chercheur britanno-canadien de 78 ans, prix Nobel de physique 2024, pousse sa réflexion plus loin que jamais. L'humanité affronte selon lui sa troisième grande humiliation après Copernic et Darwin : admettre qu'elle n'est plus seule à penser. L'entretien tombe au terme d'un mois agité. Plusieurs chercheurs de premier plan ont rejoint ses alertes, et le Congrès américain a convoqué des réunions dans l'urgence.
Le chercheur rappelle qu'il a fallu près de 360 ans à l'Église catholique pour présenter ses excuses à Galilée. Quant à Darwin, “certains au Kansas” ne l'ont toujours pas digéré, s'amuse-t-il. Cette fois, le délai d'adaptation se compte en années.
Nous créons désormais des êtres extraterrestres, ce qui signifie que nous ne sommes plus les seuls êtres intelligents. Et la réalité, c'est que nous n'avons que quelques années pour nous y adapter.
Hinton balaie l'idée d'un esprit humain doté d'une qualité mystérieuse, hors de portée des machines. Selon lui, la plupart des gens ignorent ce qu'est la conscience, mais restent persuadés que l'IA en est dépourvue. “Il est ridicule de dire qu'ils ne comprennent pas”, insiste-t-il à propos des grands modèles de langage.
Passées à la loupe, les alertes sur l’IA envahissent les fils d’actualité. Pour Hinton, il faut s’habituer à cohabiter avec des “êtres extraterrestres”.
Anthropic, l'éditeur du chatbot Claude, a réuni ces derniers mois théologiens, religieux et philosophes pour réfléchir à la manière de rendre ses modèles "bons" et à leur éventuelle conscience. Hinton juge la démarche périlleuse : “Dès qu'on commence à parler d'obligation morale envers ces êtres extraterrestres, on perd son auditoire.”
Rien ne nous empêche d'accorder à ces entités, plus intelligentes que nous, moins de droits que nous. Je suis prêt à être égoïste et à choisir les êtres humains.