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TEMOIGNAGES. Menottes, "coups de pied et de matraque", insultes... Des lycéens et leurs parents dénoncent les conditions des gardes à vue et "des intimidations"
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Depuis le début du mouvement lycéen, 6 800 mineurs ont été placés en garde à vue. Un chiffre inédit en France. En Île-de-France, plusieurs adolescents racontent ce qu'ils ont vécu, entre colère, traumatisme et peur de retourner manifester.
"Pour Manelle et Sofiane, nous, on est là", entonnent des personnes sur l'air de la chanson des gilets jaunes On est là, jeudi 15 octobre, devant un commissariat de la Courneuve en Seine-Saint-Denis. Elles sont venues manifester pour soutenir Manelle, 17 ans, élève de Terminale au lycée Jacques Brel, qui est en garde à vue à l'intérieur, et un autre ado, Sofiane, interpellé sur un blocus à La Courneuve. C'est du jamais vu en France : depuis le début du mouvement lycéen le 17 septembre, 6 800 mineurs ont été placés en garde à vue. Le gouvernement pointe la "violence" des manifestants. Au contraire, des familles de lycéens mobilisés et des avocats en Ile-de-France dénoncent des gardes à vue abusives.
"Insultes et pressions" : des avocats dénoncent les conditions des gardes à vue de mineurs dans le cadre du mouvement des lycéens
"On est là pour toi Manelle, sois pas stressée ma chérie", lance sa mère avec un mégaphone. Hacène, le père, enchaîne les cigarettes. "Je suis un peu tendu", confie-t-il. Il raconte l'interpellation de leur fille chez eux mercredi soir après un blocus au lycée Jacques Brel : "Ils sont venus à sept policiers. Ils sont entrés dans la maison. Ils l'ont menottée les mains dans le dos. Devant ma femme et ma fille de neuf ans. Elle m'a appelé au téléphone. Elle m'a dit, 'Papa, dépêche-toi la police va emmener Manelle en prison'." C’est la deuxième garde à vue de la semaine pour Manelle. Pour l'heure, les motifs sont flous.
"Ils l'accusent d'avoir tenu un fumigène. Voilà ce qu'ils m'ont dit. La France de Macron, merci beaucoup ! Dans quel état elle va sortir maintenant ?"
Au même moment, il y avait six mineurs liés à la mobilisation en garde à vue dans le commissariat. Les manifestants dénoncent des "intimidations" . "Elle aurait allumé un mortier, elle aurait blessé quelqu'un, je veux bien comprendre. Mais là, c'est exagéré, estime Annasse, un ami de Manelle. Je pense qu'ils essaient de nous faire peur". "Comme Manelle, c'est quelqu'un qui n’a pas de mal à parler aux gens, c'était une des premières à prendre la parole. Elle a aussi été ciblée parce que c'est une tête d'affiche des mouvements. Sauf que ce n'est pas ça qui nous fera peur."
À Clamart, au sud de Paris, dans ce quartier résidentiel plus tranquille, la colère est la même. Emmanuel, 16 ans, assis dans le canapé familial, montre une vidéo de son interpellation lors du blocus de son lycée, le 30 septembre à Meudon-la-Forêt. On y entend des jeunes crier "il saigne !". "C'est là que la police m'attrape et me plaque au sol, raconte Emmanuel. Ils me mettent les menottes, ils me donnent des coups de pied et des coups de matraque."
"J'ai repris un peu mon souffle. J'ai commencé à demander qu'on me laisse marcher jusqu'à la voiture de police, vu qu'ils m'avaient déjà mis les menottes. Ils continuent à me traîner. Je saigne de la cuisse gauche, du nez et du front."
Emmanuel est donc passé par l'hôpital avant d'enchaîner avec sa garde à vue. L'adolescent dénonce aussi des insultes racistes : "Ferme ta gueule, on ne veut pas t'entendre, sale nègre."