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Ces nonnes avaient un cerveau marqué par Alzheimer, mais aucun symptôme : voici ce que les chercheurs ont découvert
Imaginez une femme de plus de 100 ans. Elle a toute sa tête, est capable de répondre à des questions, se souvient parfaitement de son passé et conserve toute sa lucidité. Pourtant, après sa mort, des chercheurs découvrent que son cerveau présente toutes les caractéristiques d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. On vous dévoile l’incroyable histoire de l’« étude des nonnes ».
[EN VIDÉO] Un test sanguin pour dépister la maladie d'Alzheimer qui pourrait être fait chez votre médecin serait bientôt possible.
Comment un cerveau peut-il être aussi marqué par Alzheimer sans que la personne ait manifesté les symptômes habituellement associés à la maladie ? C'est ce qu'ont découvert des scientifiques dont les travaux sur la démence ont débuté dans un endroit plutôt inattendu pour des recherches : un couvent.
Tout commence en 1986 quand l'épidémiologiste David Snowdon a commencé à suivre un groupe de religieuses catholiques. Rebaptisée aujourd'hui l'« étude des religieuses », cette recherche a suivi 678 membres de la congrégation des Soeurs de Notre-Dame, un ordre enseignant, à partir de l'âge de 75 ans.
Durant l'étude, les sœurs ont été soumises chaque année à des tests de mémoire et de cognition. Elles ont également accepté de donner accès aux chercheurs à leurs dossiers médicaux. Mais surtout, et c'est ce qui a fait avancer les scientifiques, elles ont accepté de faire don de leur cerveau à la recherche après leur décès.
Il est important de préciser que cette cohorte était exceptionnelle et aurait constitué un atout important pour n'importe quel chercheur. En plus d'avoir toutes accepté de donner leur cerveau à la science après leur mort, les nonnes partageaient le même mode de vie (régime alimentaire, logement, routines, soins de santé, rythmes quotidiens, statut célibataire sans enfant). Cette similitude est une aubaine pour des scientifiques, car elle écarte d'entrée des facteurs qui pourraient rendre les résultats moins pertinents.
Un cerveau peut présenter des lésions importantes sans que cela n'affecte son fonctionnement. © Gorodenkoff, Adobe Stock
Pour leurs recherches, les scientifiques ont pu aussi s'appuyer sur un matériel précieux : un essai que les sœurs avaient écrit à l'âge de 22 ans. Avant de devenir religieuses, elles avaient dû rédiger un court texte autobiographique. Elles y racontaient leur vie, leur parcours et les raisons qui les poussaient à entrer dans les ordres. Ces textes étaient restés dans les archives du couvent pendant des dizaines d'années.
Quand l'équipe de David Snowdon les a retrouvés, elle les a analysés selon un critère appelé « densité d'idées ». Autrement dit, les scientifiques ont calculé le nombre d'idées distinctes contenues dans chaque groupe de dix mots. Une phrase qui transmettait efficacement plusieurs idées liées obtenait un score élevé. Une phrase plus simple et plus concise obtenait un score plus faible. Cette mesure discrète permet d'évaluer la richesse avec laquelle un jeune esprit traite et exprime une information.
Les chercheurs ont constaté que certains textes étaient riches, précis et complexes. D'autres exprimaient moins d'idées dans un même nombre de mots. À première vue, cette différence peut sembler anodine. Pourtant, en comparant ces écrits aux données recueillies pendant des décennies, les chercheurs ont découvert une association étonnante.