// FUTURA SCIENCES — SPAZIO & SCIENZA
Vertigineux : dans l’infiniment petit, l’eau fait surgir des formes étrangement familières
Photographe des formes éphémères de l’eau au microscope.
À première vue, on croit distinguer un sourire, un visage, parfois même une silhouette. Pourtant, ces images sont obtenues en observant l’eau à une échelle inaccessible à l’œil nu. Entre phénomènes physiques, hasard des formes et puissance de notre propre perception, elles composent un étonnant théâtre de l’invisible où la science rencontre, presque malgré elle, la poésie.
Ce visage n'est ni dessiné ni ajouté à l'image : il apparaît dans une structure photographiée au microscope. Depuis 2012, Laurent Costa observe et photographie les structures cristallines de l'eau. Il dépose de l'eau sur un support d'observation -- notamment une boîte de Petri -- et travaille sur ses phases solides et semi-liquides. Pour certaines cristallisations, son dispositif lui permet de descendre jusqu'à environ -17 °C.
Un visage surgit dans une structure microscopique : la matière est réelle, le personnage naît de notre perception. © Laurent Costa, tous droits réservés
Ce que l'on contemple ici n'est donc pas une molécule d'eau agrandie, mais une structure devenue visible à l'échelle microscopique. Et soudain, notre cerveau s'en mêle : deux formes deviennent des yeux, une autre évoque un nez, un trait dessine une bouche. Un visage surgit là où personne ne l'a dessiné. Ce phénomène perceptif porte un nom : la paréidolie. Notre cerveau, particulièrement sensible aux configurations évoquant un visage, reconnaît du familier au cœur de formes qui ne cherchent pourtant pas à le représenter.
C'est peut-être là, entre réalité physique et perception, que commence toute la poésie de ces images. Et notre cerveau, lui, n'hésite pas une seconde : dans cette architecture de l'invisible, il croit reconnaître un visage aux yeux grands ouverts, presque surpris d'être découvert.
Sur cette image, difficile de résister : deux grands yeux, un sourire, un corps qui semble lever les bras... et voilà qu'une forme abstraite prend presque instantanément vie. C'est précisément ce qui rend la paréidolie si fascinante : notre perception ne se contente pas d'enregistrer des lignes et des contrastes, elle les organise en formes connues.
Quelques contours suffisent à éveiller la paréidolie : notre cerveau reconnaît spontanément un être vivant. © Laurent Costa, tous droits réservés
Les visages ont une puissance particulière. Notre système visuel est extrêmement sensible à leur configuration, au point que quelques indices très simples peuvent suffire à déclencher leur reconnaissance. Des recherches en neurosciences montrent d'ailleurs que les visages illusoires peuvent mobiliser rapidement des mécanismes cérébraux également impliqués dans la perception de véritables visages.
Mais cette photographie va un peu plus loin : une fois le « visage » reconnu, notre imagination complète la scène. Les contours deviennent un corps, les prolongements des bras, et nous sommes presque tentés de lui attribuer une attitude, voire une humeur. La matière n'a pourtant raconté aucune histoire. C'est notre cerveau qui, confronté à l'abstraction, vient d'en écrire une.