// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
REPORTAGE. "On fait croire qu'ici, c'est dangereux" : après l'attentat de Trappes, des habitants dénoncent un "acharnement" contre leur ville
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Le 23 octobre, un homme de 39 ans a tué un habitant de cette commune des Yvelines qu'il considérait comme "un repaire d'islamistes". Des Trappistes pointent du doigt la responsabilité de politiques et de médias dans l'image stigmatisante qui colle à leur ville.
Diop marche d'un pas lent sur le trottoir, voile multicolore noué autour du visage, grand cabas bleu accroché au bras. Arrivée à la hauteur des bouquets de fleurs qui s'amoncellent par terre, face au square Louis-Pergaud, elle souffle : "C'est triste, un jeune homme de 26 ans tué comme ça..." Quatre jours plus tôt, vendredi 23 octobre, Kevin T. a ouvert le feu en rafales sur ce trottoir de Trappes (Yvelines), abattant Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans d'origine congolaise. Dans sa virée meurtrière, il blesse au total cinq personnes, dont quatre dans la commune voisine de La Verrière. La mairie de Trappes appelle à leur rendre hommage, lors d'un rassemblement, vendredi 30 octobre au soir, place des Merisiers.
En garde à vue, le suspect de 39 ans, chez qui un exemplaire de Mein Kampf a été retrouvé, a reconnu être l'auteur de l'attaque et assure avoir "spécifiquement ciblé des personnes de type musulman, africain, nord-africain", selon le procureur national antiterroriste Olivier Christen. Il admet également avoir visé Trappes car, selon lui, la ville "est un repaire d'islamistes".
"On a toujours l'impression de déranger" : après l'attentat de Trappes, des personnes racisées racontent la peur et les discriminations
Dans cette commune de près de 35 000 âmes, où le nombre d'habitants sous le seuil de pauvreté est, selon l'Insee, deux fois plus important que la moyenne nationale, le nom de Pengo Bossio Wangi est désormais sur toutes les lèvres. "Depuis vendredi j'ai peur, je regarde derrière moi quand je marche dans la rue", confie Diop, 49 ans. "On est terrifiés", renchérit Dounia, 34 ans.
"Quand je sors travailler ou déposer mon fils chez la nounou, je me demande si je vais rentrer chez moi."
Ce jour-là, l'ingénieure en informatique attend le bus dissimulée derrière l'abri à destination des voyageurs. "Au cas où" une autre attaque surviendrait. Dans le quartier, beaucoup pressent désormais le pas, par crainte d'être de nouveau ciblés.
Au-delà de la tristesse et de la peur, nombre de Trappistes font état de leur colère. Alors que des autocollants "Vive la France, RN, fiers d'être français" ont été retrouvés au domicile de Kévin T., des élus et des habitants voient dans ce passage à l'acte une conséquence du discours dominant sur leur ville. "On fait croire qu'ici, c'est dangereux", résume Teddy, un acteur associatif de 53 ans.
Ces dernières années, des élus d'extrême droite ont en effet fait de la commune des Yvelines un repoussoir. A plusieurs reprises en 2021, puis en 2022, Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, a désigné Trappes comme "une République islamique en miniature" et "la capitale européenne du jihad". "Dans nos propos, il n'y a rien de répréhensible", a maintenu la vice-présidente du RN, Edwige Diaz, sur BFMTV.