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"Des fois, j'ai des trous de mémoire" : au premier jour de leur procès, l'état de santé des parents de la "martyre de l'A10" au cœur des débats
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Ahmed Touloub, 74 ans, et Halima El Bakhti, 72 ans, sont jugés par la cour d'assises du Loir-et-Cher, près de quarante ans après que la petite Inass a été retrouvée morte et mutilée. Le père devra faire l'objet d'une expertise psychiatrique complémentaire à la demande de la défense.
Ils ne s'adressent pas un regard mais sont assis côte à côte au premier rang. Halima El Bakhti et Ahmed Touloub, respectivement 72 et 74 ans, font face, lundi 2 novembre, à la cour d'assises du Loir-et-Cher, trente-neuf ans après la mort de leur fille Inass, qu'ils ont abandonnée le long de l'autoroute A10 en août 1987. Séparés depuis 2010, tous deux comparaissent libres à leur procès et sont arrivés l'un après l'autre au tribunal judiciaire de Blois.
La mère de la fillette a lentement gravi les marches du palais de justice, camouflée sous la robe noire de son avocat, le pénaliste Camille Radot. Le père, représenté par le ténor lillois Frank Berton et son associée Yasmina Belmokhtar, s'est présenté avec un masque chirurgical et des lunettes de soleil. Tous deux sont scrutés par les 80 journalistes présents pour le dénouement judiciaire de l'un des plus vieux "cold cases" français.
Le célèbre pénaliste Frank Berton monte les marches du tribunal. Il représente le père de la fillette. Il est suivi de son confrère, Camille Radot, qui représente la mère. Celle-ci cache son visage sous la robe de son avocat. https://t.co/1y44mUgnC9
Dans l'après-midi, la salle d'audience est plongée dans l'effroi. Le compte-rendu de l'autopsie du corps supplicié de la petite Inass semble interminable : "L'aspect général est celui d'une enfant battue de sexe féminin, de corpulence normale, mesurée à 95 cm", "de très nombreuses plaies d'âges différents sont disséminées sur le corps", "une bonne partie de ses plaies ont l'aspect de morsures". "Le décès n'est probablement pas survenu brutalement mais plutôt progressivement", complète le rapport glaçant du légiste.
Les ex-époux écoutent attentivement, à quelques centimètres l'un de l'autre. Halima El Bakhti regarde dans le vide, manifestement émue. La mère de "la petite martyre" de 4 ans ne lâche pas son imperméable beige, emmitouflée dans une grosse écharpe. A ses côtés, Ahmed Touloub, le père au crâne dégarni et à la barbe blanche, reste immobile pendant l'heure de lecture des faits. Il fixe ses pieds, le visage posé dans sa main, semblant presque dormir.
"Monsieur Touloub ? Vous arrivez à entendre ce que je dis ? S'il y a des problèmes d'audition, vous me le dites", lance soudainement la présidente, visiblement inquiète de l'état de santé de l'accusé. Le septuagénaire fait signe qu'il entend bien. La magistrate reprend. Dans le public, cinq femmes oscillent entre tristesse, dégoût et gêne, en écoutant les déclarations des époux lors de leurs gardes à vue, en juin 2018, puis au cours de leurs interrogatoires successifs.
Halima El Bakhti a reconnu qu'elle "tapait" régulièrement sa fille et "lui donnait des gifles" mais "ne se rappelait plus de brûlures ou de morsures sur l'enfant". Ahmed Touloub a décrit une fillette martyrisée par les violences de son épouse et a admis avoir été "un lâche" en ne l'ayant jamais dénoncée "de peur que les enfants ne soient placés". Les six autres enfants du couple, tous auditionnés, ont dépeint une mère fragile sur le plan psychologique, en proie à de violentes "crises", se mettant par terre ou déchirant ses vêtements sans raison apparente, puis redevenant tendre et attentionnée avec eux.
La deuxième fille du couple, née juste avant Inass, a remis un texte au sujet de sa mère. Agée de 6 ans au moment de la mort de sa petite sœur, elle évoque aujourd'hui, à 45 ans, "une violence imbriquée, enlisée, mélangée avec un amour inconditionnel, violent et épuisant".