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Insultée en privé sur un réseau social, elle publie la capture d’écran, affiche son auteur et gagne en justice
Peut-on publier sur LinkedIn la capture d'écran d'un message privé sexiste, nom de l'auteur compris ? Oui, a répondu la cour d'appel de Douai dans une décision rendue le 22 octobre, qui ne censure qu'une photo et un lien.
Une capture d'écran publiée sur LinkedIn, un message privé sexiste et un procès en deux actes, voilà les ingrédients de l'affaire opposant Claire*, cheffe d'entreprise, à Julien*, fondateur d'un réseau d'affaires. Le dossier vient de connaître un épilogue, provisoire, devant la cour d'appel de Douai. Saisi en urgence par Julien au nom de sa vie privée, le juge des référés de Lille avait sommé Claire début septembre, sous astreinte et en son absence, d'effacer sa publication devenue virale. Dans son arrêt du 22 octobre, la cour a décidé de l'autoriser à laisser son post en ligne et à nommer l'auteur du message, tout en lui demandant de retirer le lien vers le profil de Julien et de solliciter LinkedIn pour flouter sa photo.
Les faits démarrent au 26 août 2026, lorsque dans la foulée d'une simple mise en relation sur LinkedIn. Julien, fondateur d'un réseau d'affaires et auteur de livres sur l'entrepreneuriat, écrit en privé à Claire, cheffe d'entreprise qu'il n'a jamais rencontrée. Il l'invite à rejoindre son « Band Of Brothers Membership », un club payant présenté comme un « écosystème business B to B », dédié donc aux professionnels. À 14 h 27, la réponse est courte, émoticône à l'appui : « Peu probable que je rejoigne un écosystème de bros ».
Six minutes plus tard, précédée d'un smiley, la réplique arrive à son tour. « On va créer band of connasses. Nous penserons à vous pour un rôle d'ambassadrice. Vous semblez en avoir toutes les caractéristiques ». Le lendemain, Claire publie sur son profil public la capture de l'échange, photo de profil de son interlocuteur comprise, en le nommant et en ajoutant un lien vers son compte. « Je ne suis pas intéressée pour rejoindre un club de bros, on me traite de connasse », écrit-elle sur son post. Dix ans après le mouvement #MeToo, elle y dénonce le sexisme auquel les femmes restent exposées, au travail comme sur les réseaux sociaux. Le post fait des émules, avec 4 581 réactions dès le lendemain, plus de 10 700 au 1er octobre, avec 1 335 commentaires et 547 republications. Des dizaines de milliers de personnes ont vu son message.
Julien riposte vite, bloque Claire et la fait mettre en demeure par son avocat de retirer la capture au nom du respect de sa vie privée, tout en signalant la publication à LinkedIn, qui finira par classer l'affaire sans rien retirer. Surtout, il saisit le juge des référés de Lille, ce juge de l'urgence qui tranche vite et à titre provisoire. L'assignation est déposée chez le commissaire de justice le mardi 1er septembre à 19 h 20, pour une audience le jeudi 3 à 16 heures. Claire, qui assure n'avoir trouvé l'avis dans sa boîte aux lettres qu'après coup, n'y est pas. Et le 4 septembre, le juge lui ordonne, sous vingt-quatre heures et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, d'effacer son post, ses réponses aux commentaires et toute publication reproduisant les messages ou permettant d'identifier Julien.
Claire fait appel le 9 septembre. Devant la cour d'appel de Douai, elle décrit un démarchage commercial standardisé, envoyé au nom d'un club, sans la moindre once d'intimité. Julien n'a rien d'un anonyme, plaide-t-elle, puisqu'il publie des livres, donne des conférences et compte plus de 25 000 abonnés sur le réseau social. La capture reste enfin sa seule preuve, sur un terrain où la parole des femmes est souvent mise en doute. Julien, lui, invoque le secret de sa correspondance, même professionnelle. Il ne nie pas avoir écrit ces mots et dit ne pas vouloir faire taire Claire, seulement ne plus être identifié. Il évoque un harcèlement en ligne, des interventions annulées, et même une santé dégradée. Le 16 septembre, il a publié des excuses, jugeant ses propos « déplacés » et « inutilement blessants », sans y voir pour autant un feu vert