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Actualité : Le TAT-8, le premier câble qui a allumé Internet en 1988, refait surface après 20 ans dans les abysses
Posé en 1988, le TAT-8 fut la toute première liaison transocéanique en fibre optique. Abandonné depuis 2002, ce pionnier des télécoms est aujourd'hui hissé hors de l'eau au large du Portugal. Retour sur l'histoire d'un câble qui a contribué à allumer le Web, et sur l'opération hors norme qui le ramène à la surface.
© Image générée par Gemini - Le premier câble internet transatlantique remonte des abysses pour être recyclé
Sous nos écrans, plus de 99 % du trafic mondial de données circule dans des câbles posés au fond des océans. La plupart des internautes ignorent leur existence jusqu'au jour où l'un d'eux se rompt. L'un de ces fils, longtemps oublié dans l'Atlantique, occupe pourtant une place à part dans l'histoire des réseaux.
L'histoire commence le 14 décembre 1988. Ce jour-là, AT&T, British Telecom et France Télécom mettent en service le TAT-8, premier câble transocéanique à abandonner le cuivre coaxial au profit de la fibre optique. La technologie convertit les données en impulsions lumineuses, ce qui autorise des débits bien supérieurs, des distances plus longues et moins d'interférences. Depuis New York, l'écrivain Isaac Asimov salue par visioconférence un voyage inaugural à travers la mer sur un faisceau de lumière.
Les performances semblent dérisoires aujourd'hui, mais elles étaient révolutionnaires. Chaque paire de fibres transportait 280 Mbit/s, soit environ 40 000 conversations téléphoniques simultanées. Le câble s'appuyait sur des régénérateurs espacés de 40 à 50 kilomètres, qui réduisaient de 75 % les besoins en matériel par rapport aux encombrants amplificateurs analogiques du cuivre. Reliant les États-Unis, le Royaume-Uni et la France sur près de 6 000 kilomètres, il a posé l'architecture de référence de presque tous les câbles sous-marins qui ont suivi.
Au-delà de la prouesse technique, le TAT-8 a joué un rôle de passeur pour l'internet naissant. Dès 1989, IBM finance une liaison haut débit via sa capacité pour relier l'université Cornell au CERN. Ce lien fournit à Tim Berners-Lee la connexion au réseau NSFNET dont il avait besoin pour ses premières démonstrations du World Wide Web, dix mois plus tard. Le câble a aussi contribué à imposer le protocole TCP/IP comme norme à travers l'Europe.
Son succès a dépassé toutes les prévisions. Ses concepteurs estimaient sa capacité suffisante pour une décennie : elle a été saturée en dix-huit mois. Cette montée en charge fulgurante a révélé que la demande mondiale de données croissait bien plus vite que prévu, et confirmé le potentiel colossal de la fibre. Les câbles modernes transportent désormais des centaines de térabits par seconde, mais tous descendent, d'une certaine manière, de ce premier pionnier.
Le TAT-8 n'a pas traversé les décennies sans accroc. Victime d'une panne jugée trop coûteuse à réparer, il a été mis hors service en 2002, après avoir été dépassé en capacité. Pendant plus de vingt ans, le câble est resté inerte sur le plancher océanique, simple relique d'une époque où la fibre faisait encore figure de science-fiction.
Sa remontée s'inscrit dans un contexte plus large. À l'échelle de la planète, près de deux millions de kilomètres de câbles retirés du service reposent encore au fond des mers. Les satellites, malgré leurs progrès, restent loin derrière la fibre en capacité comme en fiabilité : ils supportent mal les intempéries, se réparent difficilement et doivent être remplacés tous les cinq ans environ. Les câbles, eux, demeurent l'épine dorsale d'une économie numérique qui voit transiter chaque jour des transactions financières estimées à 15 000 milliards de dollars.
L'opération de récupération est menée par Subsea Environmental Services, l'une des deux ou trois seules entreprises au monde spécialisées dans ce métier, à bord du Maasvliet, un navire diesel-électrique sorti de cale sèche début 2025. Pour accrocher le câble, l'équipage déploie depuis l'étrave un grappin plat surnommé « flatfish », qu'il laisse descendre jusqu'au fond, parfois