// LES NUMÉRIQUES — CYBERSECURITY
Actualité : Cartes grises frauduleuses : un million de voitures fantômes circulent en France, pourquoi les acheteurs d'occasion doivent se méfier
La Cour des comptes a révélé une fraude colossale aux cartes grises : un million de véhicules fantômes circulent en France. Dès le 1er août, l'État durcit drastiquement les règles pour les professionnels qui gèrent les immatriculations.
© HJBC - Le certificat d'immatriculation, au cœur d'un scandale de fraude évalué à 730 millions d'euros par la Cour des comptes.
Le chiffre donne le vertige : entre 2022 et 2024, près d'un million de véhicules ont été immatriculés via des structures fictives en France, pour un préjudice estimé à 730 millions d'euros. Le rapport de la Cour des comptes, publié le 12 mars 2026, dresse un réquisitoire sévère contre la dématérialisation engagée en 2017 dans le cadre du Plan Préfectures Nouvelle Génération (PPNG).
Depuis la fermeture des guichets physiques, plus de 32 000 opérateurs privés ont obtenu l'accès au Système d'Immatriculation des Véhicules (SIV). Parmi eux, des coquilles vides, sans locaux ni salariés, qui ont immatriculé des véhicules à la chaîne pour le compte de réseaux organisés. Épaves remises en circulation, faux contrôles techniques, recel de véhicules volés, évasion de malus écologique : les magistrats financiers ont recensé plus de 30 scénarios frauduleux distincts.
Un mois après la publication du rapport, le 15 avril 2026, le portail France Titres (ex-ANTS) a subi une intrusion qui a exposé les données personnelles de 11,7 millions de comptes. Noms, prénoms, dates de naissance, adresses mail et postales, numéros de téléphone : le butin, mis en vente sur un forum cybercriminel par un pirate de 15 ans opérant sous le pseudonyme "breach3d", a exploité une faille IDOR d'une simplicité confondante.
Le système d'immatriculation français a été fragilisé par le piratage de France Titres en avril 2026, qui a exposé les données de 11,7 millions de comptes.
Un identifiant modifié dans une requête HTTP suffisait à accéder aux données d'un autre usager. Le ministère de l'Intérieur a depuis débloqué 200 millions d'euros pour un plan de cybersécurité d'urgence.
L'arrêté du 1er juillet 2025, publié au Journal officiel le 9 juillet 2025, impose désormais cinq critères stricts aux professionnels souhaitant conserver leur habilitation SIV : un an d'activité minimum dans le secteur, une activité stable et vérifiable, un local dédié, un casier judiciaire vierge pour chaque salarié accédant au système, et l'archivage de tous les dossiers dans un coffre-fort numérique conforme à la norme NF Z 42-020, consultable à distance par les services de l'État. Les professionnels déjà habilités qui n'auront pas signé l'avenant à leur convention préfectorale avant le 1er août 2026 verront leur accès automatiquement suspendu.
Les professionnels de l'automobile habilités au SIV ont jusqu'au 1er août 2026 pour se conformer aux nouvelles exigences numériques.
Pour les acheteurs de véhicules d'occasion, la prudence reste de mise : un véhicule issu d'une immatriculation frauduleuse peut voir son certificat annulé par l'administration, laissant l'acquéreur avec un bien inutilisable et des recours longs. Le SIV dans sa version modernisée n'est attendu qu'à la fin 2027.