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Short-cycling : pourquoi une climatisation trop puissante ruine votre confort (et le compresseur)
Pour un lave-linge ou une voiture, on se dit volontiers que « qui peut le plus peut le moins ». Appliqué à un climatiseur, ce réflexe est un piège. Beaucoup de particuliers réclament à leur installateur une unité bien plus puissante que nécessaire, persuadés de refroidir plus vite et de faire durer l’appareil. C’est pourtant l’inverse qui se produit, et les frigoristes ont un nom pour ce problème : le surdimensionnement.
Un climatiseur bien réglé tourne par cycles de 15 à 30 minutes, parfois en continu à bas régime. C’est ce rythme lent qui fait le vrai travail. Une machine surdimensionnée, elle, atteint les 22 °C demandés en moins de dix minutes. Le thermostat coupe aussitôt le compresseur. Quelques minutes plus tard, la chaleur revient, la température remonte, et tout redémarre. Au lieu de deux ou trois cycles par heure, l’appareil s’allume et s’éteint huit, dix ou quinze fois. On appelle ça le short-cycling, le fonctionnement en cycles courts : le comportement d’une voiture qui ne ferait qu’alterner accélérations brutales et freinages d’urgence dans un embouteillage.
On l’oublie souvent, mais rafraîchir n’est que la moitié du travail. Un climatiseur gère deux types de chaleur. La chaleur sensible, c’est la température qu’affiche le thermomètre, la baisse de 28 à 22 °C. La chaleur latente, c’est l’humidité contenue dans l’air, cette vapeur d’eau qu’il faut retirer pour respirer confortablement. La déshumidification se fait quand l’air chaud traverse l’évaporateur, la grille glacée de l’unité intérieure : la vapeur s’y condense en gouttelettes, évacuées vers l’extérieur. Mais ce séchage est lent.
Une machine surdimensionnée fait chuter la température en cinq minutes, puis s’arrête. Beaucoup trop court pour assécher l’air. Il fait alors bien 22 °C dans la pièce, mais avec 75 % d’humidité. Les Anglo-Saxons parlent de clammy feeling : un air froid mais lourd, moite et collant, où la transpiration ne s’évapore plus. Le réflexe est alors de baisser encore le thermostat, ce qui aggrave tout et fait grimper la consommation. Une machine moins puissante mettra 25 minutes pour atteindre 23 °C, mais séchera l’air en profondeur. De l’air à 24 °C et 45 % d’humidité est bien plus agréable qu’à 21 °C et 75 %. La machine surdimensionnée crache aussi un flux glacial à fort débit, qui crée des points froids juste devant elle, là où les modèles haut de gamme apprennent au contraire à repérer où vous vous trouvez pour ne pas vous souffler dessus.
Ce défaut de séchage a un coût sanitaire. Au-delà de 60 % d’humidité chronique, l’eau se condense sur les surfaces froides et à l’intérieur de la machine, restée humide entre deux redémarrages. C’est un nid à moisissures et à acariens, y compris la moisissure noire (Stachybotrys chartarum), dont la toxicité réelle est plus discutée que sa réputation ne le laisse croire. À chaque relance, l’appareil peut souffler ces spores dans la pièce, de quoi aggraver asthme et allergies. Un climatiseur trop puissant pour la pièce aboutit donc à un air froid, humide et moins sain.
Le compresseur, logé dans l’unité extérieure (celle qui ronronne dehors et fâche parfois les voisins), comprime le gaz réfrigérant. Son moment le plus violent, c’est le démarrage, quand la friction est maximale avant que l’huile ne lubrifie et que le pic électrique est le plus fort. Un compresseur qui démarre douze fois par heure au lieu de trois subit quatre fois plus de démarrages, donc quatre fois plus de pics de friction. Un appareil prévu pour tenir 15 à 20 ans peut alors rendre l’âme au bout de cinq à sept ans.
On croit qu’une machine qui tourne moins consomme moins. Une unité surdimensionnée consomme pourtant davantage qu’un modèle bien calibré, à confort égal. Chaque démarrage provoque un pic de courant, trois à cinq fois l’intensité nominale du compresseur, répété des dizaines de fois par jour. Pire, les indices d’efficacité affichés sur l’étiquette, les SEER, sont calculés en laboratoire selon la norme européenne EN 14825, s