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Dossier : J’ai essayé de remplacer Google Maps pendant 4 ans : mon bilan sans concession
Malgré une volonté grandissante de réduire sa dépendance aux géants du Web et de protéger ses données personnelles, se passer de Google Maps relève du parcours du combattant. L'hégémonie du service de cartographie de Mountain View ne repose pas seulement sur sa technologie, mais sur un modèle économique et politique verrouillé. Analyse des raisons pour lesquelles les alternatives souveraines et libres peinent à s'imposer au quotidien.
© Corentin Béchade / Les Numériques - Quitter Google Maps ça demande un effort collectif
On peut très bien réprouver les méthodes de Google et continuer à utiliser ses logiciels faute de mieux. C'est mon cas avec Maps, qui reste malheureusement l'une de mes applications de cartographie de choix malgré tous mes efforts pour m'extirper des appétits de l'ogre de Mountain View. Et le problème est moins technique que politique en réalité.
Le service de cartographie made in Mountain View est tellement populaire dans nos contrées qu’il est quasiment devenu synonyme de navigation sur smartphone en compagnie de Waze, autre propriété de Google. Avec sa banque infinie d’images Street View, son catalogue sans fin de commerces en tout genre, ses milliards d’utilisateurs et son design si profondément ancré dans nos habitudes qu’il en est devenu intuitif, Maps est une app à part chez Google.
Contrairement à des services comme Gmail ou Google Drive, qui ne sont que des outils avec des listes de fonctionnalités plus ou moins longues et utiles, Google Maps est quasiment devenu un réseau social où chaque petit avis, chaque photo ou chaque commentaire laissé par les différents utilisateurs renforce la pertinence de l’outil et cimente sa position dominante sur le marché de la cartographie en ligne.
Cette somme d’informations crowdsourcées, rendue possible via les investissements pharaoniques de Google dans son service, alimente un cercle vicieux ou vertueux, selon le point de vue depuis lequel on se place. Puisque tout le monde est sur Google Maps, inutile d’aller rentrer ces mêmes informations sur les applications concurrentes.
Résultat, tout le monde continue à utiliser Google Maps et enrichir sa base de données, empêchant l’émergence d’alternatives viables. Même Apple et ses centaines de milliards n’ont pas réussi à imposer Plans comme un concurrent sérieux.
Pour les commerces de centre-ville, Google Maps est quasi imbattable.
Pourtant, le public semble demander des alternatives. D’après un sondage publié par les services de Cartes.gouv, 73 % des sondés préfèrent une carte produite par une institution publique française plutôt que par une grande entreprise technologique internationale, et 56 % “affirment être dérangés par le fait que certaines applications de cartographie enregistrent et stockent leurs déplacements”.
Des alternatives intéressantes, riches, libres et respectueuses de la vie privée existent d’ailleurs. Je les ai presque toutes essayées, mais sans jamais vraiment trouver mon bonheur.