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Actualité : L’IA est-elle en train de vider nos réserves d'eau ? Ce que révèle un rapport choc
C’est un des sujets les plus rabâchés ces dernières années avec l’essor de l’IA. Les fermes de serveurs derrière ChatGPT, Gemini et consorts seraient assoiffées et siphonneraient toute l’eau disponible. Mais qu’en est-il vraiment ? Un récent rapport fait le point sur la question.
© Rose Willis & Kathryn Conra / BetterImagesofAI /CC BY-SA 4.0 - La consommation d'eau de l'IA est un sujet compliqué et mal compris
Vous l’avez sûrement lu à droite à gauche et même dans nos propres colonnes, l’intelligence artificielle consomme des quantités astronomiques d’eau. Ou plutôt, les centres de données nécessaires au bon fonctionnement de l’intelligence artificielle consomment des quantités astronomiques d’eau pour se refroidir.
Le problème est tel que l’ONU elle-même s’en est récemment préoccupée, appelant à un développement raisonnable de l’IA dans le monde. Mais l’industrie reste particulièrement discrète sur le sujet, rendant toute tentative d’objectivisation du débat compliquée. L’autorité de régulation du numérique française (Arcep) s’y est tout de même attelée avec les pouvoirs qui sont les siens dans sa récente enquête "Pour un numérique soutenable" publiée il y a peu.
Les chiffres sont connus, en 2024, 575 000 mètres cubes ont été prélevés par les centres de données français. Un volume comparable à la consommation annuelle d’une commune de 10 000 habitants. Mais derrière ce chiffre se cache une multitude de nuances.
Le volume total d’eau prélevée ou consommée par les centres de données est estimé à près de 6,5 millions de mètres cubes, soit la consommation annuelle de plus de 100 000 personnes
On ne parle en effet là que du volume prélevé directement, c’est-à-dire celui utilisé "pour le refroidissement […] le traitement de l’air […] le rechargement des circuits fermés ou le nettoyage et l’arrosage des équipements techniques", précise l’Arcep. Si l’on ajoute à ça le volume consommé indirectement (associé à la consommation d’électricité), on atteint soudainement 6,5 millions de mètres cubes, "en raison de la hausse significative de la consommation totale d’électricité des centres de données en 2024", note l’Arcep en regardant du côté de l’IA générative. Soit une hausse de 8 % d'une année sur l'autre. Cela représente la consommation annuelle moyenne d’eau en France de plus de 100 000 personnes. Un rapport de un à dix selon le périmètre observé donc.
Néanmoins, l’autorité tempère son constat en expliquant que "le volume d’eau prélevé par les centres de données […] demeure faible au regard des volumes prélevés pour d’autres usages". Les prélèvements directs n’atteignent, par exemple, que 0,02 % du volume d’eau douce prélevée pour les usages principalement agricoles en 2021. Malgré tout, cette miette de pourcentage importe "dans un contexte où la disponibilité de la ressource est de plus en plus limitée par les aménagements humains et le changement climatique", notait le Haut-Commissariat au plan l’année dernière.
Dans un monde où les centres de données sont en plus très inégalement répartis sur le territoire, la tension sur les ressources pourrait se faire sentir plus vivement dans certains secteurs de France que dans d’autres, obligeant les pouvoirs locaux à faire des arbitrages sur le fléchage de l’eau comme on a pu le voir à Taïwan il y a quelques années. "La quantité d’eau prélevée pour le refroidissement des centres de données dépend fortement des conditions météorologiques, et c’est précisément durant ces périodes de chaleur, lorsque l’eau devient une ressource critique, que les besoins en eau des centres de données sont les plus importants", explique l’Arcep.
L’autre grand débat concerne la restitution de l’eau. Dans beaucoup de cas, à part pour l’eau évaporée par le processus de refroidissement, les mètres cubes prélevés par les fermes de serveurs sont ensuite rendus à leur milieu naturel, rendant l’opération quasiment "neutre", arguent certains.