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Alors que l'Europe vient de vivre une éclipse solaire, des satellites veulent bientôt rallumer la nuit
La start-up californienne Reflect Orbital a obtenu l’autorisation de lancer un premier satellite-miroir capable de réfléchir la lumière du Soleil vers la Terre après la tombée de la nuit. L'entreprise souhaite éclairer des zones entières depuis l’orbite, alors que des astronomes redoutent des dommages oculaires et des perturbations pour les télescopes.
Vous faites peut-être partie de celles et ceux qui ont pu admirer hier l’éclipse solaire totale qui a assombri le ciel au-dessus de l’Islande et de l’Espagne. L’Europe n’avait pas connu de totalité depuis le 11 août 1999. Ce jeu d’ombres et de lumières, c’est un peu ce qui a animé Reflect Orbital, une entreprise fondée en 2021 par Ben Nowack et Tristan Semmelhack. Elle prépare l’envoi en orbite de miroirs capables de renvoyer la lumière du Soleil vers la Terre après le coucher du jour. La Federal Communications Commission a validé la licence de l’entreprise le 9 juillet dernier. Le lancement de son premier prototype, Earendil-1, est prévu avant la fin de l’année.
Le réflecteur du satellite Earendil-1 mesure 18 mètres sur 18 mètres pour un poids de 16 kilogrammes. Une fusée Falcon 9 de SpaceX doit le placer sur une orbite héliosynchrone, entre 600 et 650 kilomètres d’altitude. À cette distance, le miroir orienté vers le Soleil renvoie un faisceau lumineux vers une zone au sol d’environ 5 kilomètres de diamètre, avec une intensité comprise entre 0,8 et 2,3 lux, contre 0,05 à 0,3 lux pour la pleine lune.
Ben Nowack et Tristan Semmelhack ont fondé Reflect Orbital en 2021, à Hawthorne, en Californie. Depuis, la start-up a levé 35,2 millions de dollars, autour de millions d’euros, notamment auprès de Sequoia Capital et de Lux Capital. L'armée de l’air américaine a mis des billes dans le projet avec une enveloppe via un contrat de 1,25 million de dollars, environ 1,08 million d'’euros.
Reflect Orbital annonce un déploiement bien plus vaste après Earendil-1, avec plus de 50 000 satellites d’ici 2035, en priorité pour l’éclairage des fermes solaires et des zones sinistrées.
Hier, pour observer directement l’éclipse, vous avez eu besoin de lunettes certifiées, en Espagne comme en Islande. Selon Eric Bretschneider, ingénieur optique, les risques pour les yeux sont équivalents sur les zones qui bénéficieraient de ces satellites miroirs.
Comme l’explique Robert Massey, de la Royal Astronomical Society, les astronomes amateurs risquent une cécité permanente s’ils pointent un télescope de 30 centimètres vers le satellite, tout comme les télescopes de recherche, avec des traînées lumineuses dans leurs images, semblables à celles que laissent les constellations Starlink.
Une coalition d’organisations scientifiques, dont l’American Astronomical Society et la Royal Astronomical Society, a déposé une pétition auprès de la FCC le 8 juillet 2026, avec une alerte sur des conséquences écologiques, notamment une menace pour des centaines d’espèces animales et une possible dégradation de la couche d’ozone. Le régulateur américain a néanmoins validé la licence de Reflect Orbital dès le lendemain, malgré plus de 1 800 commentaires d’opposition reçus, comme on vous l’expliquait sur Clubic.
Mais Olivier Hainaut, astronome à l’Observatoire européen austral, estime dans une étude que pas plus de 100 000 satellites faibles devraient graviter en orbite terrestre.
John Barentine est astronome à l'observatoire de Silverado Hills, en Arizona, et consultant chez Dark Sky Consulting. Il estime pour autant que le faisceau réfléchi par le satellite est quatre fois plus brillant que la pleine lune, alors que Michael Brown, un autre astronome, a calculé que le faisceau d'un seul miroir est environ 15 000 fois plus faible que le soleil de midi. Il faudrait réunir plus de 3 000 satellites au même endroit pour atteindre seulement 20 % de cette intensité.