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Actualité : "Le cerveau nous envoie un signal de mort" : Thomas Pesquet raconte la terreur d'une sortie dans le vide de l'espace
Que se passe-t-il dans le corps d'un astronaute quand il lâche la paroi de la Station spatiale internationale, à 400 kilomètres au-dessus du vide ? Alors que Sophie Adenot vient d'effectuer sa deuxième sortie extravéhiculaire, Thomas Pesquet et d'autres vétérans racontent.
© Nasa - L'astronaute Anil Menon au bout du bras robotique Canadarm2, à 400 km au-dessus de la Terre, lors de l'EVA-97, le 18 août 2026.
Mardi 25 août, Sophie Adenot a quitté pour la deuxième fois le cocon pressurisé de la Station spatiale internationale, aux côtés de l'astronaute américain Anil Menon. Objectif : achever le remplacement de l'antenne de communication SGANT, que des boulons récalcitrants avaient empêché de terminer lors de sa première sortie le 18 août, où elle était devenue la première Française en EVA. Invité de franceinfo pour commenter cette deuxième sortie, Thomas Pesquet a livré une explication saisissante de ce que traverse le corps humain à 400 kilomètres d'altitude.
Le raisonnement de Pesquet est d'une logique implacable. Sur Terre, le corps ressent en permanence son propre poids : assis, couché, en escalade. Le seul instant où cette sensation disparaît, c'est pendant une chute. En sortie extravéhiculaire, l'astronaute s'arrime à la station par une longe flottante, détendue. Au moment de lâcher les mains, la pesanteur cesse d'exister pour le système nerveux.
Quand on lâche les mains, tout d'un coup, on perd la sensation physique du poids et le cerveau nous dit qu'on est en train de chuter.
Le réflexe qui suit est redoutable : s'agripper à la paroi de toutes ses forces. Or dans un scaphandre pressurisé, les gants sont gonflés par la différence de pression. Chaque flexion des doigts revient à lutter contre cette force. Pesquet le résume : "Pendant six à sept heures, il va falloir constamment écraser l'équivalent de balles de tennis : étendre les bras, fermer les bras, saisir des choses, c'est extrêmement fatigant." S'agripper par panique, c'est épuiser ses mains bien avant la fin de la mission. D'où son avertissement : il faut "apprendre au cerveau que c'est normal".
Thomas Pesquet accroché au Canadarm2 lors de l'installation de panneaux solaires sur l'ISS, le 16 juin 2021.
Ce phénomène, d'autres astronautes l'ont décrit sous des angles différents. Le Canadien Chris Hadfield, qui a effectué deux sorties et commandé l'ISS en 2013, résumait sa méthode en une phrase : "Le danger est totalement différent de la peur. Le meilleur antidote à la peur, c'est la compétence." Tout l'entraînement en piscine et en réalité virtuelle vise à reprogrammer cette réaction primitive, à force de répétition, jusqu'à ce que le cerveau accepte l'absence de sol comme un état viable.
Sophie Adenot lors d'un entraînement à la sortie extravéhiculaire dans la piscine du centre européen des astronautes de l'ESA, à Cologne.
L'Américain Mike Massimino, lui, souffrait d'un authentique vertige, y compris sur un simple escabeau, et a pourtant réalisé des EVA de réparation sur le télescope Hubble. Lors de l'une d'entre elles, il se souvient s'être dit : "Être bouleversé ne va pas m'aider. C'est normal d'avoir peur, mais la moindre émotion pourrait devenir dangereuse." Jared Isaacman, commandant de la mission privée Polaris Dawn en 2024, décrivait lui aussi une "surcharge sensorielle" en découvrant la Terre sans aucune barrière : l'effort physique, les changements de pression et de température, et cette sensation visuelle écrasante que rien ne peut préparer.