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L’envers de la transition : en Chine, le gigantesque parc solaire menace les oiseaux
En Chine, la neutralité carbone est fixée à l’horizon 2060. D’ici là, le solaire devrait représenter 45 % du mix énergétique du pays, ce qui nécessitera l’installation de panneaux sur des milliers de kilomètres carrés de terres. En 2024, les modules photovoltaïques couvraient déjà plus de 4 500 km².
Dans certaines régions arides, ces installations peuvent contribuer à la revégétalisation des sols. Mais leurs effets sur les écosystèmes ne sont pas toujours aussi favorables. Une nouvelle étude publiée dans la revue Science, menée par une équipe de l’Université des sciences et technologies de l’information de Nanjing (Chine) avec des chercheurs du Vietnam et des États-Unis, montre que l’essor du photovoltaïque peut s’accompagner d’une diminution de la diversité aviaire.
Les scientifiques ont étudié 2 344 comtés chinois. Ils ont analysé les politiques mises en place pour favoriser le solaire dans ces différentes régions (soutien gouvernemental, objectifs de développement ou encore mesures incitatives). Dans les territoires où le développement solaire est fortement encouragé, la diversité aviaire tend à diminuer.
L’effet reste mesuré, mais il est bien réel. Les chercheurs ont noté chaque comté sur une échelle d’intensité des politiques solaires allant de 0 à 15,5 : une hausse de quatre points de cet indice se traduit par un recul d’environ 2 % de l’indice de Shannon, la mesure de référence pour la diversité des espèces. Un impact modeste pris isolément, mais qui compte dès lors qu’il se répète dans des centaines de comtés, et bien plus marqué dans les régions riches et non désertiques.
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Cette diminution résulte principalement de la transformation des terres. Les installations nécessitent souvent la conversion de terres agricoles ou de prairies en espaces aménagés. Ces changements réduisent ou modifient les milieux dont les oiseaux dépendent pour se nourrir, se reproduire et se déplacer. Les infrastructures peuvent également fragmenter leurs habitats, compliquant leurs déplacements et leur accès aux différentes ressources.
L’étude relève aussi une diminution de la diversité parmi les oiseaux migrateurs, particulièrement dans les régions où les projets solaires sont déployés sur des couloirs de migration.
Au vu des objectifs de la Chine en matière de solaire, les capacités photovoltaïques à venir sont encore considérables. Face à cette expansion, les chercheurs estiment nécessaire de renforcer les mesures de protection de la biodiversité et de mieux intégrer les enjeux écologiques dans le choix des sites.
En effet, selon Yuanning Liang, professeur à l’Université de Pékin, cité par le South China Morning Post, l’implantation des projets solaires repose aujourd’hui principalement sur les priorités des politiques publiques, la faisabilité technique ainsi que sur des objectifs économiques et sociaux.
L’adéquation écologique des sites serait trop peu prise en compte comparée à ces autres critères. « Sans une planification spatiale méticuleuse, l’expansion solaire dictée par les politiques publiques peut compromettre par inadvertance la biodiversité locale », alertent ainsi les auteurs de l’étude.