// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
Sympathisants du GUD, passé militaire, culte viriliste… Qui sont les accusés jugés pour l'assassinat de l'ex-rugbyman Federico Martin Aramburu à Paris ?
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Le procès s'ouvre lundi devant la cour d'assises de Paris. Sur le banc des accusés, figure notamment Loïk Le Priol, un militant d'ultradroite déjà connu de la justice.
Le jour se lève, ce samedi 19 mars 2022. Il est 5h21 quand l'ancien international de rugby Federico Martin Aramburu et son ami Shaun Hegarty, un ex-joueur du Biarritz Olympique, s'attablent au bar Mabillon, boulevard Saint-Germain, dans un quartier chic de Paris. Les deux pros du ballon ovale doivent assister le soir-même au match France-Angleterre du tournoi des Six nations. Mais une altercation va faire basculer le cours de leur vie.
Dans les effluves d'alcool, des insultes fusent avec les membres d'une table d'à côté, où sont assis Loïk Le Priol et Romain Bouvier, deux militants d'ultradroite, déjà connus de la justice. Avant de quitter le bar, Federico Martin Aramburu attrape Loïk Le Priol par la capuche et le fait chuter par terre. Une bagarre éclate, les coups pleuvent.
Les deux sportifs quittent l'établissement à pied pour regagner un hôtel et chercher de la glace. Ils sont rejoints par les deux hommes, l'un à pied, l'autre en Jeep, qui tirent chacun de leur côté sur Federico Martin Aramburu. L'ex-international argentin s'effondre, à 6h09, et meurt dans les bras de son ami, à l'âge de 42 ans. Six balles sont retrouvées dans son corps, tirées par des armes de collection à poudre noire.
Près de quatre ans et demi plus tard, le procès de quatre personnes s'ouvre devant la cour d'assises de Paris, à partir du lundi 7 septembre. En plus de Loïk Le Priol et de Roumain Bouvier, l'ex-petite amie du premier, Lyson R., présente le soir des faits, devra répondre de complicité de tentative d'assassinat. Anthony R., lui, sera jugé pour recel de malfaiteur et soustraction d'objet pour faire obstacle à la manifestation de la vérité, après avoir aidé son ami Romain Bouvier dans sa courte cavale. Le suspect avait été interpellé dans la Sarthe quatre jours après s'être enfui.
Loïk Le Priol, 32 ans, avait lui aussi tenté de s'échapper et de se rendre en Ukraine, avant d'être rapidement interpellé en Hongrie. Il est le seul à être renvoyé devant la justice pour assassinat. Deux des six balles qu'il a tirées ont tué le rugbyman, atteint dans le dos. Dans leur ordonnance de mise en accusation, consultée par franceinfo, les juges d'instruction retiennent la préméditation.
Selon les investigations, qui s'appuient sur les images des caméras de vidéosurveillance et de nombreux témoignages, cet ancien militaire est parti à la recherche de Federico Martin Aramburu avec une arme chargée, "fou furieux", en déclarant qu'il allait "le tuer". Des éléments démentis par l'intéressé, qui a assuré avoir agi en état de légitime défense, en tirant "à la volée", "sans regarder".
Romain Bouvier, 35 ans, comparaît lui pour complicité de tentative d'assassinat. Alors que le parquet estimait que "les deux scènes de tirs" s'inscrivaient "dans une seule scène unique de violences", la justice a finalement considéré qu'il n'y avait pas un "dessein criminel commun" entre les deux accusés. Après l'altercation au bar, Romain Bouvier est parti de son côté, à bord de la Jeep conduite par Lyson R., et a tiré quatre fois sur Federico Martin Aramburu, sans le toucher mortellement. S'il déclare ne pas avoir voulu le tuer, évoquant "des tirs dissuasifs vers le sol", les images de la scène et les expertises balistiques démontrent qu'il avait le bras tendu vers le rugbyman, touché à la cuisse et au niveau du thorax.
Romain Bouvier et Loïk Le Priol avaient pourtant tous les deux interdiction de porter des armes et de se fréquenter en vertu d'un contrôle judiciaire dans une affaire de violences en réunion commises contre un ancien chef du mouvement d'ultradroite Groupe union défense (GUD), Edouard Klein. Ils ont été condamnés depuis à deux et trois ans de prison ferme dans ce dossier.