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Chiffrement vs Police : « Le choix sera politique », prévient le patron de l'ANSSI - Interview
Dix signalements et quatre incidents traités chaque jour, 7 jours sur 7 : c'est le quotidien de l'ANSSI face à la menace cyber. Son directeur général Vincent Strubel revient sur le débat autour du chiffrement, la dépendance technologique de la France et le calendrier de la migration post-quantique.
Polytechnicien et ingénieur général des Mines, Vincent Strubel a pris la direction de l'ANSSI, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information, le 4 janvier 2023, après quinze ans passés au sein de la maison. Il a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions sur plusieurs sujets sensibles : l'amendement visant à affaiblir le chiffrement dans la loi Narcotrafic, les restrictions américaines à l'export imposées à Anthropic, et l'avancement de la transposition de la directive NIS2, freinée par des demandes d'accès dérogatoires aux messageries. Il revient aussi sur la fuite de données de l'ANTS et sur le calendrier fixé par l'ANSSI pour la migration vers la cryptographie post-quantique, avec un objectif de conformité totale d'ici 2035.
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La situation cyber devient de plus en plus tendue. Comment ça va à l'ANSSI ?
Vincent Strubel : On est dans un contexte de menace intense, mais qui n'est pas nouveau de notre point de vue. Cela fait 5 ans que nous y sommes confrontés. Nous traitons en moyenne 10 signalements et quatre incidents par jour, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. C'est ce que nous avons fait en 2024 et en 2025. Nous avons une visibilité particulière sur un pan de la menace qui est le vol de données. Cela nous occupe beaucoup, mais ce n'est pas le seul type d'attaque que nous traitons, loin de là. On nous voit souvent à travers le prisme du cyber-pompier, mais en réalité, nous faisons plein d'autres choses. Notre activité et notre focus principal, aujourd'hui plus que jamais, c'est la prévention. Il s'agit de faire en sorte de relever le niveau de sécurité pour limiter le volume des attaques, en tout cas celles qui réussissent. Nous sommes donc très occupés, mais à des choses utiles.
Il y a quelques mois, dans le cadre de la loi Narcotrafic, l'amendement visant à affaiblir le chiffrement a été rejeté. Quel est votre rôle dans ce type de débat ?
V.S : Dans un débat de cette nature, nous avons le rôle d'une administration experte. Cela signifie que nous ne sommes pas un acteur politique : nous ne participons pas au débat politique et nous n'avons pas d'opinion. En revanche, nous sommes là pour éclairer les choix du gouvernement et du Parlement. Notre rôle est de poser les faits. Sur ce débat du chiffrement, il ne faut pas tomber dans une vision binaire de "qui a raison, qui a tort". C'est un sujet éminemment compliqué où s'affrontent deux injonctions tout à fait légitimes : d'un côté, protéger le secret des communications par le chiffrement (un enjeu de vie privée et de sécurité nationale) et, de l'autre, permettre aux services de police de faire leur travail. Il n'existe pas de solution parfaite. Il y aura donc des débats sur des solutions imparfaites, et le choix final sera politique. Notre rôle consiste uniquement à exposer les limites, les imperfections et les inconvénients des différentes options pour que ce choix soit pleinement éclairé.
Vous êtes le garant de la sécurité nationale, et sur le chiffrement, vous ne prenez pas position ?
V.S : La sécurité nationale fait que nous sommes particulièrement sensibles au chiffrement et au besoin d'avoir des protocoles robustes pour protéger les communications. Mais il n'y a pas de parti pris idéologique. Nous avons une préoccupation métier et une expertise technique. Nous ne sommes pas un service enquêteur, nous n'avons donc pas la même vision que les services de police, dont le besoin est par ailleurs légitime. Nous n'avons pas d'opinion ni d'idéologie en la matière, simplement une expertise que nous mettons au profit du débat public.