// LES NUMÉRIQUES — HARDWARE & GADGET
Actualité : 195 hectares de datacenter en France : le projet démesuré de Google tourne au bras de fer à Châteauroux
À Châteauroux, le projet de datacenter géant de Google déclenche une crise politique majeure, poussant plusieurs élus locaux à démissionner face aux vives inquiétudes écologiques des riverains.
© JHVEPhoto/Shutterstock - Google peine à faire accepter son projet de datacenter de 195 hectares autour de Châteauroux à tout le monde
Malgré les réticences locales, les géants de la tech construisent leurs datacenters en France. Après les 35 hectares de Microsoft validés en Alsace, un projet près de six fois plus grand signé Google dans l’agglomération de Châteauroux (Indre) divise. Si la promesse d’emplois séduit une partie des décideurs, la démission d’élus et la forte mobilisation citoyenne viennent contrarier les plans du géant américain dans l’Hexagone.
À Étrechet, dans l’Indre, Google veut franchir une étape clé : ériger son tout premier datacenter en pleine propriété sur le sol français. S’étendant sur 195 hectares, ce complexe géant prévoit huit à dix bâtiments remplis de serveurs, avec la perspective d’y créer 1 200 emplois directs. Pourtant, l’annonce suscite une vive levée de boucliers.
La maire sans étiquette d’Étrechet, Florence Laurent, a récemment démissionné avec trois adjoints et une conseillère municipale. L’élue dénonce des “nuisances visuelles”, la dévalorisation des habitations riveraines ainsi que des risques environnementaux. En “désaccord sur la prise en compte des avis”, elle estime que “différents éléments méritaient un engagement précis de la part des porteurs de projet”, déplorant le manque de garanties concrètes.
Les opposants s’alarment également de l’emprise foncière sur des terres agricoles, des désagréments d’un chantier prévu sur dix à quinze ans, ainsi que des besoins colossaux du site en eau et en électricité. Le raccordement au réseau nécessite notamment des liaisons à 225 000 volts et une ligne aérienne de 400 000 volts sur plus de dix kilomètres.
La contestation s’étend aussi au sein de la population, avec une pétition lancée par le collectif “Ozans dire non” qui réunit déjà près de 16 000 signatures exigeant l’abandon du projet.
Face aux critiques, le maire de Châteauroux, Gil Avérous (LR), défend ardemment une opportunité économique majeure pour ce bassin agricole, rappelant avoir été réélu avec ce dossier “au centre de son programme”. Sur les 14 communes de l’agglomération, 13 sont favorables au projet, souligne l’élu auprès de l’AFP, convaincu qu’il représente “une manne d’emplois très conséquente”.
Pour répondre aux inquiétudes environnementales, Gil Avérous met en avant les atouts géologiques locaux et assure que le système de refroidissement fonctionnera en circuit fermé après n’avoir été chargé en eau “qu’une seule fois”. Alors que Google garde le silence, le maire reconnaît qu’“il y a des interrogations et il faut qu’on y apporte des réponses claires, fermes et engageantes”.
Une concertation publique sous l’égide de la CNDP (Commission nationale du débat public), autorité indépendante chargée de garantir le droit à l’information et la participation des citoyens sur les grands projets d’aménagement, tentera d’apaiser les tensions d’ici la fin de l’année.