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Actualité : Pneumatiques : comment Pirelli a adopté l'IA pour répondre à toujours plus de contraintes
Afin de raccourcir ses temps de développement et répondre aux nouvelles contraintes des véhicules actuels, Pirelli s'appuie désormais sur l'intelligence artificielle pour élaborer de nouveaux composants.
Seul point de contact avec la route, le pneu constitue un élément très important qui détermine les qualités routières d'une voiture. De fait, Pirelli, à l'instar d'autres manufacturiers, mise de plus en plus sur des références dédiées à chaque constructeur, lesquelles répondent à un cahier des charges spécifique.
Justement, avec l'électrification, ces cahiers des charges s'avèrent de plus en plus complexes. Les voitures électriques sont en effet plus lourdes et performantes, tandis que les exigences grimpent en matière de sécurité et de confort acoustique. L'équation se complique d'autant plus que, dans le même temps, les manufacturiers s'efforcent de réduire leur empreinte environnementale en faisant appel à des matériaux recyclés ou biosourcés, aux propriétés différentes.
Pour réduire ses délais de développement et répondre rapidement aux demandes de ses clients, Pirelli a donc mis au point un outil de conception dopé à l'intelligence artificielle (IA). Baptisé Virtual Compounder, il assiste les ingénieurs-formulateurs chargés de trouver la composition idéale de la gomme. Il leur suffit d'indiquer au système les performances attendues pour que le Virtual Compounder leur suggère une formulation en fonction de nombreuses données. Cette IA repose sur les technologies d'Amazon Web Services (AWS) et est entraînée en interne.
Le système s'appuie sur deux piliers : d’une part, une IA générative analyse les formulations existantes et génère de nouvelles configurations optimisées en fonction des propriétés attendues ; d'autre part, une IA s'appuyant sur la physique utilise des modèles fondés sur les lois physico-chimiques pour simuler le comportement des composés et produire des projections fiables.
En effet, pour obtenir un surcroît d'adhérence sur sol mouillé et une meilleure longévité, par exemple, il ne suffit pas d'ajouter un ingrédient et d'en retirer un autre. Les différents composés interagissent chimiquement entre eux, et le juste équilibre est très difficile à trouver. Nous avons pu le constater en nous essayant à ce rôle de formulateur via une version largement simplifiée du Virtual Compounder.
Par ailleurs, cette IA permet de suggérer de nouveaux matériaux encore inutilisés dans le domaine du pneumatique. Certains des composés biosourcés sont en effet des résidus d'autres industries, sur lesquels les laboratoires de Pirelli ne s'étaient pas encore penchés.
Pirelli précise que le Virtual Compounder n'a pas pour but de remplacer ses équipes. “Cet outil n'est pas en concurrence avec les formulateurs”, explique John House, responsable de l'innovation dans les formulations. Il permet en revanche de multiplier les simulations, avec déjà plusieurs milliers de combinaisons testées. Les essais routiers deviennent par ailleurs une simple étape de validation, nécessitant seulement deux ou trois prototypes, explique Pier Paolo Tamma, responsable du numérique chez Pirelli.
Bien que Pirelli communique avant tout sur ce Virtual Compounder, “chaque employé de Pirelli a la possibilité de faire appel à un copilote pour ses activités quotidiennes”, souligne Pier Paolo Tamma. L'IA est ainsi également utilisée pour mettre au point les sculptures de la bande de roulement, par exemple.
Alors que les temps de développement des voitures se raccourcissent, les pneumatiques suivent la tendance. S'il s'agit d'objets de physique et chimie bien réels, leur genèse, elle, est devenue presque intégralement virtuelle. Reste désormais à voir si cette réactivité dopée à l'IA permettra à Pirelli de prendre une longueur d'avance sur un marché du pneu “sur-mesure” de plus en plus concurrentiel.