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Jean-François Clervoy : « La conquête spatiale nous offre une perspective de civilisation »
Hier, à 400 kilomètres au-dessus de la Terre, Sophie Adenot avait rendez-vous avec l’histoire. Et l’astronaute française a répondu présente. Même si sa sortie extravéhiculaire ne s’est pas tout à fait déroulée comme prévu.... Lire la suite
Retour de la Lune, montée en puissance des acteurs privés, promesse martienne... Astronaute européen, vétéran de trois missions à bord des navettes américaines, Jean-François Clervoy analyse pour Futura les défis à venir de la conquête spatiale.
Avec l'avènement du New Space, les entreprises privées investissent de plus en plus dans la conquête spatiale. Malgré cela, les obstacles qui sont devant nous restent difficiles à franchir. La quantité d'énergie colossale nécessaire pour atteindre l'orbite terrestre, les difficultés immenses des voyages lointains, les risques inhérents aux missions et les rivalités stratégiques entre puissances sont autant de freins qui doivent être levés pour que nous puissions faire mieux que ce que nous avons déjà fait.
Jean-François Clervoy, astronaute de l'Agence spatiale européenne, fondateur d'Air Zero G, et ancien membre du groupe 14 de la Nasa, éclaire pour nous la route qui mène aux étoiles.
Jean-François Clervoy : Il y a plusieurs freins. Le principal, pour les voyages lointains, reste la durée du trajet. Rappelons qu'il faut six mois au minimum pour aller sur Mars. Aujourd'hui, nous dépendons toujours essentiellement de la propulsion chimique. Tant qu'on ne disposera pas d'une technologie plus performante, les temps de voyage resteront une contrainte majeure.
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Le deuxième frein, ce sont les coûts. Les lois de la physique nous imposent une dépense d'énergie énorme pour atteindre la vitesse orbitale terrestre, qui se situe à 28 000 km/h. On peut réutiliser les lanceurs et optimiser les opérations, mais on ne supprimera pas cette exigence énergétique colossale.
Jean-François Clervoy : C'est probablement là que se trouve une partie de la solution. Nous sommes limités par les moyens consacrés à la recherche, notamment en physique fondamentale. Je pense que nos connaissances actuelles restent très incomplètes. La physique des siècles à venir sera certainement très différente. Nous trouverons alors des moyens qui sont actuellement hors de notre portée.
À très long terme, il faudra de toute façon que nous apprenions à vivre ailleurs que sur Terre puisque notre Planète finira par disparaître. La conquête spatiale nous offre une perspective de civilisation.
Jean-François Clervoy : D'abord, parce que les moyens ne sont plus les mêmes. Au temps d'Apollo, la Nasa disposait d'une part du budget fédéral américain sans commune mesure avec celle d'aujourd'hui. Ensuite, Artemis ne consiste pas simplement à refaire ce qu'Apollo a fait. L'objectif est d'aller vers des missions de plus longue durée, dans des zones plus complexes, avec une architecture différente et davantage de partenaires.