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La sextorsion des mineurs a progressé de 460 % en trois ans
Près de 29 000 signalements de sextorsion en ligne ont été enregistrés en France en 2024. Pour enrayer ce chantage aux images intimes, la CIIVISE et le ministère de la Santé diffusent depuis le 25 septembre, sur TikTok et Snapchat, une campagne destinée aux 11-17 ans.
Trois ans plus tôt, ces signalements étaient plus de cinq fois moins nombreux, soit une hausse de 460 % sur la période d’après l’Office mineurs (Ofmin) de la police nationale et le 3018. Le 3018 est le numéro national d’aide aux victimes de violences numériques. Ses équipes ont pris en charge 74 % de cas de sextorsion supplémentaires en 2024. Les victimes de ce chantage sont surtout des mineurs, en particulier les 11-17 ans, filles et garçons. Pour les pouvoirs publics, toute la difficulté est de convaincre ces jeunes victimes de parler à un adulte avant de céder aux menaces.
L’auteur d’une sextorsion menace de diffuser des photos ou des vidéos intimes de sa victime pour obtenir de l’argent ou de nouveaux contenus. Il peut aussi exiger des actes sexuels à distance, précise le ministère de la Santé sur sa page consacrée à la lutte contre la sextorsion.
Pour récupérer ces images, les agresseurs gagnent d’abord la confiance d’un adolescent sous une fausse identité, sur les réseaux sociaux. L’adolescent envoie parfois lui-même ces contenus à son interlocuteur. Dans d’autres cas, l’agresseur les obtient sans son consentement, en piratant l’un de ses comptes ou en fabriquant de fausses images intimes avec une intelligence artificielle. « Lorsqu’un jeune est menacé parce qu’une image intime a été obtenue, détournée, piratée ou fabriquée grâce à l’intelligence artificielle, il est victime », a rappelé Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, dans une déclaration publiée après le lancement de la campagne.
En France, il y a eu plus de 67 000 signalements de contenus pédocriminels générés par IA en 2024, soit 1 325 % de plus en un an, selon les chiffres de la CIIVISE et de l’Ofmin relayés par la police nationale. Ces montages sexuels sont punis spécifiquement par l’article 226-8-1 du Code pénal.
Jusqu’au 14 octobre, les adolescents peuvent voir sur leur fil TikTok ou Snapchat des scénarios réalistes de sextorsion, conçus pour la campagne nationale de sensibilisation lancée par la CIIVISE et le ministère de la Santé. Pour cette Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, la victime n’a aucune responsabilité dans ce chantage et l’agresseur est le seul coupable. Avec ce message, les deux institutions veulent pousser les jeunes à parler à un adulte de confiance et à composer sans attendre le 3018. « Car, oui, la honte doit changer de camp ! », insiste la haute-commissaire.
Les écoutants du 3018 répondent gratuitement et anonymement tous les jours entre 9 heures et 23 heures, au téléphone ou sur un chat adapté aux usages des adolescents. En cas de sextorsion, ils peuvent intervenir directement auprès des plateformes et faire supprimer en quelques heures les contenus intimes et les comptes préjudiciables. Depuis novembre 2025, la police nationale propose aussi un chat ouvert jour et nuit dans l’Espace Mineurs de sa plateforme Ma Sécurité. Des policiers et des gendarmes formés répondent aux jeunes sur ce chat, avec l’appui d’un psychologue.
Pour réduire les risques en amont, les adolescents peuvent passer leurs comptes en mode privé et activer la double authentification. En cas de chantage, le ministère de la Santé conseille de ne jamais verser d’argent à l'agresseur et de conserver des captures d’écran des échanges. Grâce à ces captures, la justice peut ensuite poursuivre l’auteur du chantage. Celui-ci encourt sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende, et jusqu’à dix ans de prison et 150 000 euros d’amende quand la victime a moins de 15 ans.
Sarah El Haïry attend aussi davantage des plateformes. « Nous ne protégerons pas les enfants en leur demandant, à eux seuls, d’apprendre à éviter tous les dangers du numérique »