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Guerre des semi-conducteurs : prise en étau entre la Chine et les États-Unis, c'est encore l'Europe qui va payer le prix fort
L'Europe est-elle en retard sur les semi-conducteurs ? La réponse est indéniablement oui. Cependant, en plus de ce retard, l'Europe se retrouve au milieu de pressions commerciales, avec d'un côté la Chine, de l'autre, les États-Unis.
Un rapport publié jeudi par l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne (EUISS) et le groupe de réflexion de l'Institut Montaigne dresse un tableau préoccupant de la situation du secteur des semi-conducteurs en Europe. Selon ses auteurs, le secteur se retrouve aujourd'hui exposé à deux sources de pression distinctes. D'un côté, les restrictions chinoises sur les matières premières critiques, de l'autre, une dépendance structurelle aux technologies américaines qui suscite une inquiétude croissante à Bruxelles.
Cette étude s'inscrit dans le cadre d'un projet financé par l'UE sur dix-huit mois, baptisé Chips Diplomacy Support Initiative. Ses conclusions reflètent une évolution notable dans la façon dont les responsables européens perçoivent les risques pesant sur leur filière.
« Si Pékin semble toujours représenter la menace la plus importante, la dépendance vis-à-vis de Washington est devenue une préoccupation bien plus grande sous la deuxième administration Trump », a déclaré Joris Teer, analyste à l'EUISS au média Reuters.
La Chine dispose d'un levier qu'elle a déjà commencé à actionner : le contrôle des exportations de minéraux critiques et des terres rares. Ces matériaux sont indispensables à la fabrication des équipements de production de puces. À cela s'ajoute le risque que des tensions dans le détroit de Taïwan viennent perturber la production de semi-conducteurs avancés, dont l'île assure une part dominante à l'échelle mondiale.
La dépendance à l'égard des États-Unis est d'une nature différente. Une grande partie des logiciels de conception et des outils de design utilisés par les entreprises européennes du secteur est d'origine américaine. Le rapport signale par ailleurs qu'un texte législatif en cours d'examen au Congrès, connu sous le nom de "MATCH Act", permettrait à Washington d'imposer unilatéralement des contrôles à l'exportation aux alliés qui n'aligneraient pas leur politique vis-à-vis de la Chine dans un délai donné.
En d'autres mots, faites ce que l'on vous dit concernant la Chine, ou nos logiciels vous seront restreints.
Cette perspective concerne directement le Néerlandais ASML, première capitalisation boursière européenne, dont les exportations de systèmes de lithographie vers la Chine sont déjà au cœur de tensions commerciales entre Europe et États-Unis.
La pression américaine s'exerce sur le long terme. Elle est le produit de décennies de dépendance aux logiciels et outils de fabrication américains, que les entreprises européennes n'ont jusqu'ici eu que peu d'incitations à remplacer.
Le rapport ne se limite pas aux pressions extérieures. Il pointe également des fragilités internes. Coûts énergétiques élevés, accès insuffisant au capital-risque privé, et une base industrielle consommatrice de puces qui se rétrécit. Ces facteurs viennent compliquer la capacité de l'Europe à répondre aux menaces extérieures.