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C'est magnifique ! Le satellite Smile filme les aurores boréales comme aucune caméra depuis 2008
Quatre mois après son lancement, Smile, le satellite de l'Agence spatiale européenne et de l'Académie chinoise des sciences est officiellement prêt à étudier le vent solaire. Ses premières images d'aurores boréales en ultraviolet sont prometteuses.
Le satellite Smile, mené par l'Agence spatiale européenne (ESA) et l'Académie chinoise des sciences, a reçu le 23 septembre son feu vert pour étudier comment la Terre encaisse les assauts du vent solaire. Son imageur ultraviolet a déjà rapporté une spectaculaire vidéo d'aurores boréales filmées en ultraviolet, au-dessus du pôle Nord. La seule fausse note pour l'instant, c'est peut-être sa caméra à rayons X, fleuron de la contribution européenne, qui se laisse encore éblouir par une lumière parasite, mais la solution pourrait venir de conditions plus favorables, prévues dans les prochains jours.
La mission de Smile, pour Solar wind Magnetosphere Ionosphere Link Explorer, consiste à comprendre comment notre planète réagit au flot de particules chargées que le Soleil crache en permanence. Quand ce vent solaire s'emballe, il déclenche des orages géomagnétiques, allume des aurores et peut malmener l'électronique, au sol comme en orbite. Mieux le comprendre, c'est donc mieux anticiper la météo de l'espace. La mision, inscrite au programme Cosmic Vision de l'ESA, doit aider à répondre à la question suivante : comment fonctionne notre Système solaire ?
Smile a déjà de belles images à montrer, grâce à son imageur ultraviolet, baptisé UVI. Vues de l'espace, les aurores boréales dessinent un anneau lumineux autour du pôle Nord, que la fameuse caméra capte dans une lumière invisible à nos yeux. Le 24 juillet, deux semaines à peine après sa mise en route, elle a filmé un sous-orage auroral. Dans le détail, une rafale de vent solaire a bousculé le champ magnétique terrestre, et l'anneau s'est mis à s'agiter. Imaginez qu'aucune caméra n'avait saisi cet anneau en entier dans l'ultraviolet depuis 2008, et UVI peut le surveiller 45 heures d'affilée, un record.
L'autre vedette du bord, c'est le SXI, une caméra sensible aux rayons X dits « mous », les moins énergétiques de cette lumière invisible. C'est le principal apport de l'Europe à un satellite construit à quatre mains. La Chine a en effet fourni la plateforme, le socle qui fait vivre l'engin, ainsi que les trois autres instruments, et elle le pilote en orbite. L'ESA a livré le module qui accueille trois des quatre instruments, le lanceur et les installations d'assemblage et de test, tout en participant à UVI et aux opérations. Pour vérifier que SXI fonctionnait, les équipes l'ont d'abord braquée sur Cassiopée A, les restes d'une étoile explosée, et l'essai est concluant. Mais tournée vers la Terre, la caméra capte trop de lumière parasite, qui voile ce qu'elle doit observer.
C'est un élément qui a son importance, puisque le SXI doit photographier la magnétopause, qui est la frontière où le vent solaire vient buter contre le bouclier magnétique terrestre, invisible à l'œil mais repérable en rayons X. Ou encore le cornet polaire, une brèche au-dessus du pôle Nord par laquelle des particules solaires s'engouffrent vers la surface. Pour réduire au maximum la lumière indésirable, l'ESA, le consortium d'universités et d'entreprises derrière l'instrument et l'équipe chinoise aux commandes ajustent à distance les réglages et le logiciel, ce que permet justement la conception très modulable de SXI.
Le calendrier est plutôt favorable, car à l'approche de l'hiver, le pôle Nord émet de moins en moins de lumière, tandis que Smile pointe progressivement plus loin de la Terre et de sa lueur. Cette gêne devrait atteindre son plus bas niveau à la mi-octobre probablement, ce qui permettrait au SXI de signer sa première vraie image de la magnétopause ou du cornet polaire. Les deux derniers instruments, à savoir le magnétomètre, qui mesure le champ magnétique, et l'analyseur d'ions légers, qui capte les particules du vent solaire, tournent déjà sans souci.