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Le vol de "L'Apocalypse", le livre le plus lourd du monde, relance le débat sur la sécurité des musées
Réalisé par 14 artistes de renom comme Dali ou Cocteau, cette pièce unique de 210 kilos a été dérobée dans un petit musée privé du Puy-de-Dôme, à Issoire, dans la nuit de dimanche à lundi.
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Qui peut bien vouloir un livre de 210 kilos ? Ce nouveau vol dans un musée, dans la nuit de dimanche 4 à lundi 5 octobre, interroge autant qu'il laisse son propriétaire abattu face à la perte de l'œuvre d'une vie. L'Apocalypse est un livre exceptionnel à plus d'un titre. Déjà son poids : 210 kilos (l'équivalent d'un piano droit), la couverture à elle seule pèse 150 kilos. Elle a été réalisée en bronze, incrustée de pierres précieuses, avec un Christ et des fourchettes en or en son centre, signée de la main de Salvador Dali.Tous les participants sont exceptionnels. Jean Giono, Jean Cocteau, le philosophe Emil Cioran, le peintre Bernard Buffet… Au total, 14 peintres et écrivains de renom ont élaboré cette œuvre monument à la fin des années 50 pour illustrer les textes de l'apôtre Saint-Jean sur l'Apocalypse. À l’époque, c'était aussi le livre le plus cher au monde, estimé à 100 millions d'anciens francs (plus de 150 000 euros), estimé aujourd'hui à plusieurs millions.
Les voleurs ont dérobé la couverture sculptée par Dali dans la nuit de dimanche à lundi, la pièce maîtresse de ce petit musée privé à Issoire. En revanche, l'intérieur du livre constitué de 150 parchemins est sain et sauf. Les feuilles libres avaient été retirées pour être exposées à part.
Ce vol relance le débat sur la sécurité des musées. Après le Louvre, le musée Jacques Chirac, le vol du torque de la Dame de Vix fin juillet, la série noire continue malgré les 33 mesures annoncées par le gouvernement pour renforcer la sécurité des musées. À Issoire, le vol a été commis sans effraction, selon Ici Pays d'Auvergne, mais le livre a subi des dégâts, assure son propriétaire. L'enquête a été confiée aux gendarmes de la section de recherche de Clermont-Ferrand.
Cette œuvre unique a déjà connu un parcours de vie à rebondissements. Après avoir parcouru le monde entier dans les années 60/70, le livre a été perdu de vue. Entreposé en Suisse, il a ensuite été vendu à des Japonais, puis a failli être désossé pour une mise aux enchères pièce par pièce. Finalement sauvé par un Auvergnat, l'actuel propriétaire, en 2003. L'idée de ce livre est née dans la tête d'un autre Auvergnat, Joseph Foret, éditeur d'art. En réunissant tous ces artistes, son objectif était de laisser une trace et de faire réfléchir les hommes de l'ère atomique sur le sens de leur vie. Il voulait aussi mettre à l'honneur une œuvre à la gloire de l'artisanat, du travail lent et unique face à l'ère du machinisme. Une ambition saluée par Dali : "On dit que je suis fou, mais Foret [l'éditeur auvergnat] est encore plus fou que moi, il entreprend des livres que personne n'a tentés et n'a eu l'idée de faire". Et que personne n'avait osé voler jusqu'à présent.
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