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Ruée vers la Lune : peut-on encore protéger ses sites historiques ?
De plus en plus d’agences et d’opérateurs contemplent un crash sur la Lune pour se débarrasser de leurs satellites et de leurs fusées. Mais les experts tirent la sonnette d’alarme : cette méthode pourrait abîmer à jamais les sites historiques qui s’y trouvent.
Si la Lune est aujourd’hui au cœur de toutes les convoitises, elle abrite déjà un patrimoine unique. Car depuis l’atterrissage de la sonde soviétique Luna 9 en 1966, de nombreux robots s’y sont posés, tandis que douze astronautes ont foulé sa surface entre 1969 et 1972. Il y a quelques jours, un comité international d’experts du patrimoine aérospatial s’est donc réuni en Italie pour répondre à une question : comment préserver ces traces ?
Souvenez-vous. En août, le second étage d’une fusée Falcon 9 est venu percuter la Lune, un phénomène étudié de près par la NASA pour mieux comprendre l’impact de telle collision. Mais il ne s’agissait pas d’un cas isolé, loin de là.
Selon l’archéologue Alice Gorman, citée par Space.com, la Lune a déjà subi 51 impacts de ce type. Parmi eux, on compte neuf étages de fusée et dix-neuf orbiteurs. Leurs effets restent pourtant mal connus. Luca Forassiepi, qui a pris part à la réunion, rappelle qu’ils n’ont été observés que partiellement : les connaissances actuelles reposent surtout sur des simulations, forcément simplifiées par rapport à la réalité.
D’après la spécialiste, le célèbre module Eagle d’Apollo 11 pourrait à force se retrouver tellement usé qu’il tomberait en poussière. Et les futures installations d’habitation et de minage seraient elles aussi exposées. Il est donc primordial de prendre des mesures avant qu'il ne soit trop tard, notamment au regard de la responsabilité.
Car selon le traité de l’espace de 1967, les États sont responsables des dommages que leur matériel cause aux biens d’autres États. Dans ce contexte, un pays pourrait un jour réclamer une compensation si un étage de fusée abîmait son patrimoine culturel sur la Lune.
Les experts s’attaquent donc à un angle mort : le « vide après mission », c’est-à-dire la gestion des sites et objets laissés sur place dans les décennies qui suivent. Mais avant toute chose, il faut savoir comment les protéger. Et pour cela, Justin Holcomb, chercheur au Kansas Geological Survey, mise sur la géoarchéologie planétaire. Elle étudie les phénomènes, naturels comme humains, qui menacent les vestiges, et repère les endroits où ils se conservent le mieux.
Rien n’est encore gravé dans le marbre. Le comité prévoit ainsi d’ouvrir le dialogue avec les agences spatiales, les scientifiques, les entreprises privées, les experts du patrimoine et les communautés pour qui la Lune a une valeur sociale ou religieuse. Objectif : mettre au point des lignes directrices partagées par tous, présentées en 2027 au comité de l’ONU sur l’utilisation pacifique de l’espace. Elles pourraient, avec le temps, devenir des standards internationaux.
« La Lune fait partie du paysage culturel de la Terre », rappelle Beth O’Leary, spécialiste en anthropologie culturelle et en archéologie. Reste à voir si la course effrénée qui se joue laissera le temps à toutes les parties de se mettre d’accord.
Un crash contrôlé consiste à désorbiter volontairement un engin pour qu’il percute la surface lunaire au lieu de rester en orbite ou de dériver. L’impact crée généralement un cratère, éjecte du régolithe (la poussière et les débris de surface) et projette des particules à grande vitesse sur des distances variables. Sur la Lune, l’absence d’atmosphère limite le freinage et l’érosion, mais les impacts mécaniques, les vibrations locales et les projections peuvent endommager des objets proches (sondes, drapeaux, instruments). Les conséquences exactes dépendent de la masse, de la vitesse d’impact, de l’angle d’arrivée et de la nature du sol, d’où l’intérêt — et les limites — des simulations et observations partielles.