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TEMOIGNAGES. "Derrière chaque casque, chaque bouclier, il y a un papa" : quand des CRS pères de famille font face à des lycéens de l'âge de leurs enfants
Le mouvement lycéen se poursuit et la tension reste forte dans les manifestations. Certains CRS sont parfois confrontés à des jeunes du même âge que leurs propres enfants. Franceinfo a recueilli le témoignage de deux d'entre eux.
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À une semaine des vacances de la Toussaint, le mouvement lycéen s'installe dans la durée. Il s'étend désormais aux universités. Le Snes-FSU, principal syndicat enseignant, appelle les professeurs à faire grève mardi 13 octobre. Depuis le 28 septembre, il y a eu 6 629 interpellations et 761 policiers ou gendarmes, 215 élèves et 89 personnels enseignants ont été blessés. Dans la rue, la tension peine à retomber, marquée par des face-à-face violents entre des CRS et des jeunes qui pourraient être leurs enfants. Comment vit-on la crise quand on est CRS et père de famille ?
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Quand Olivier Barthe, CRS et délégué du syndicat Unité, a appelé mardi 6 octobre, jour de grande mobilisation des lycéens, il était sur le terrain, mobilisé avec toute sa compagnie. Il a profité d'une pause pour raconter ce face-à-face avec des enfants du même âge que son fils. "Est-ce que ça me met en colère ? Je trouve ça triste, confie-t-il. Parce qu'en fait, les revendications des lycéens m'apparaissent comme légitimes, en tant que père. On ne peut pas être 40 dans une classe, dans un lycée pourri où on crève de chaud parce qu'il n'y a pas de clim, que la cantine est dégueulasse et que les chaises tiennent par l'opération du Saint-Esprit et se dire que c'est normal."
"Après, le problème, c'est que les revendications qui étaient légitimes des lycéens, elles ont été bouffées par les casseurs."
En tant que père de famille, ce délégué du syndicat Unité confesse son malaise à l'idée d'être considéré comme un bourreau d'enfants : "Je ne connais pas de flic qui n'adapte pas son comportement face à des enfants et surtout des très jeunes enfants. Mais ils ont des fois trois têtes de moins que nous, ça ne les empêche pas de nous lancer des boules de pétanque, des cocktails Molotov, de nous tirer dessus avec des mortiers. Et vous aussi, vous avez envie de rentrer à la maison."
Comme ce délégué Unité, Romain rejette les accusations de violences gratuites : "Derrière chaque casque, chaque bouclier, chaque tenue bleu marine, il y a un père de famille, il y a un papa. Qui se glorifierait de dire 'tiens, à la manif, on a arraché une main' ? Personne. Il n'y a aucun policier qui se réjouit d'estropier ou d'éborgner quelqu'un ou d'amocher un gamin. Ça marque un policier à vie."
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Il y a quelques années, Romain a lui-même eu le crâne fracassé par un jet de pierre lors d'une intervention. Aujourd'hui, il participe à la mission d'accompagnement des blessés de la police nationale. "Ce sont 'les méchants policiers'. C'est 'le méchant CRS' qui a arraché une main, c'est 'le méchant CRS' qui a cassé une mâchoire en tirant avec le lanceur de 40 [lanceur de balles de défense ou LBD] ou qui a éborgné un jeune", s'agace Romain.