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Frigos piratés dans les supermarchés : la faille était connue, mais le matériel trop vieux ou pas mis à jour
Danfoss, le fabricant danois dont les régulateurs pilotent le froid de nombreux supermarchés, a donné ses premières explications ce lundi 12 octobre. Ses systèmes ont été piratés dans la nuit de dimanche à lundi, quand les frigos d’Intermarché, Super U et Leclerc sont montés jusqu’à 50 °C, provoquant un immense gâchis alimentaire. Dans une déclaration relayée par FrenchBreaches, le groupe reconnaît des incidents en France sur « un nombre limité » de ses systèmes, sans donner de chiffre. Il assure que la plupart des appareils touchés étaient trop vieux pour recevoir des correctifs de sécurité, ou n’avaient pas été mis à jour.
Les pirates auraient détourné le dégivrage, ce cycle qui coupe le froid quelques minutes pour faire fondre le givre dans les meubles frigorifiques. Ils l’auraient forcé avec des consignes allant jusqu’à 50 °C. Des centaines de magasins Intermarché, Super U et Leclerc ont ainsi vu leur chaîne du froid ruinée.
Danfoss cite deux modèles en particulier, l’AK-SM800 et l’AK-SC355. Il s’agit de centrales de supervision : depuis un seul écran, souvent accessible à distance, elles règlent les températures, les alarmes et les horaires de tous les meubles frigorifiques d’un magasin. Le premier a été déclaré en fin de vie en 2021, le second retiré du catalogue en 2016. Aucun des deux ne reçoit plus de mise à jour de sécurité.
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Pour le dire autrement, si on en croit le fournisseur, des magasins faisaient tourner leur chaîne du froid sur l’équivalent d’un PC resté sous Windows XP. Danfoss mentionne aussi des AK-SM800A, son modèle actuel. Ceux-là fonctionnaient avec un micrologiciel dépassé, d’après l’entreprise, alors que des mises à jour sont disponibles.
La ligne de défense de Danfoss est claire : le fabricant rappelle qu’il recommande depuis longtemps à ses clients de mettre leurs systèmes à jour et de remplacer les vieux appareils. La faute reviendrait d’abord aux exploitants. Pourtant, sa déclaration ne dit pas comment les pirates sont entrés. Elle ne confirme pas non plus qu’une faille précise a été exploitée.
Les faiblesses de l’AK-SM800A étaient pourtant connues. Le 9 août 2026, Claroty Team82, une équipe de chercheurs spécialisée dans la sécurité des équipements industriels, a publié une étude sur ce contrôleur. Elle y décrit un accès caché permettant d’ouvrir une session administrateur sans connaître le mot de passe. Les chercheurs avaient aussi trouvé 2 765 de ces contrôleurs accessibles directement depuis Internet. Danfoss a corrigé ces failles avec la version R4.3.1 de son micrologiciel.
La faille du code caché était d’ailleurs référencée bien avant l’étude de Claroty. D’après Cyberattaque.org, elle est répertoriée depuis mai 2025 sous l’identifiant CVE-2025-41450, avec une note de sévérité de 8,2 sur 10, pour les contrôleurs AK-SM 8xxA dont le micrologiciel est antérieur à la version 4.2.
Le risque n’était pas nouveau non plus sur les anciens modèles. Cyberattaque.org a retrouvé une note technique de Danfoss publiée en octobre 2025. Elle cite 16 supermarchés équipés d’AK-SM800 attaqués en Russie en 2022, et 40 magasins piratés en Israël la même année. D’après le fabricant, ces derniers n’étaient pas assez protégés par un pare-feu ou un VPN, un tunnel chiffré qui évite d’exposer l’appareil en direct sur le réseau.
Rien ne prouve pour l’instant que les failles décrites par Claroty aient servi en France. En revanche, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a déjà repéré une vulnérabilité dans un logiciel fourni par une entreprise danoise et contacté l’éditeur. L’information vient de l’entourage du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a chargé l’Anssi du dossier, cité par l’AFP.