// LES NUMÉRIQUES — INTELLIGENZA ARTIFICIALE
Actualité : “Un blob numérique” : l’IA pourrait bientôt se nourrir de nos objets connectés, alerte Anthropic
Quinze box Android à 55 dollars ont suffi à l'équipe rouge d'Anthropic pour faire tourner un modèle d'IA sans le moindre datacenter. D'ici la fin de l'année, les petits modèles pourraient apprendre à s'y propager seuls, à la manière d'un blob numérique. Alerte légitime ou opération de com' ? Un chercheur proche de Mozilla a déjà tranché.
© Ernie Cooper - Le blob (Physarum polycephalum) étend ses filaments en quête de nourriture. Anthropic compare à cet organisme les futures IA capables de se propager seules d’objet connecté en objet connecté.
Le 12 octobre 2026, William Zhou et Daniel Freeman, chercheurs de la Frontier Red Team d'Anthropic, ont rouvert un vieux dossier de la cybersécurité : celui d'une IA capable de se dupliquer sans aide humaine en sautant d'un appareil connecté à l'autre. Leur preuve de concept tient dans un carton de matériel discount. Quinze box Android TV sans marque, à 4 Go de mémoire vive chacune, se partagent le modèle ouvert Gemma4-26B-A4B de Google. Elles le font tourner sans aucun serveur distant, à 0,39 jeton par seconde.
Les modèles de 30 milliards de paramètres et moins accomplissent déjà l'essentiel des étapes isolées : repérer une machine, s'y introduire, y lancer un moteur d'inférence. Ils trébuchent quand il faut tout enchaîner. GLM-5.2, modèle ouvert bien plus massif du chinois Z.ai, y parvient. Sur un réseau virtuel de huit machines Google Cloud émulant Android 15, il a contaminé les huit nœuds lors de quatre essais sur cinq, et sept lors du dernier. En prolongeant la courbe de progrès des petits modèles, Anthropic les voit atteindre ce niveau d'ici fin 2026.
Au rythme actuel, les modèles ouverts de 30 milliards de paramètres ou moins atteindraient le niveau de GLM-5.2 fin 2026.
Le banc d'essai laissait toutefois les portes grandes ouvertes, avec un port de débogage ADB sans authentification. Anthropic reconnaît d'ailleurs un résultat optimiste. Marco Figueroa, chercheur en cybersécurité à la tête de 0Din, le programme de chasse aux failles IA de Mozilla, a réagi lundi : "La sécurité de l'IA mérite une science rigoureuse, pas un marketing alarmiste déguisé en percée."
🚨 @AnthropicAI: AI “MAY BE” capable of self-replicating!Now read the actual research:• No fully autonomous rogue replicator demonstrated.• Cyber exploitation deliberately simplified.• Real-world replication remains unproven.So we’re turning controlled experiments and…
Pour décrire la bête, les auteurs convoquent le myxomycète, ce fameux blob popularisé en 2019 par le Parc zoologique de Paris. Le terrain de jeu existe déjà. Le botnet Kimwolf a infecté plus de 2 millions d'appareils, surtout des box Android TV à bas prix. Transposé à l'IA, ce parc hébergerait environ 133 000 copies d'un modèle, soit la puissance d'une quarantaine de GPU H100. Un petit modèle de 9 milliards de paramètres mettrait 28 à 51 heures à s'installer sur chaque nouvelle cible. Sans point central à débrancher, l'éradication virerait pourtant au casse-tête.
Les défenseurs gardent des atouts. Des fichiers de plusieurs gigaoctets échangés entre objets connectés se repèrent dans le trafic des opérateurs. Face au botnet Mirai, la mise en quarantaine des abonnés infectés chez un fournisseur d'accès avait nettoyé 92 % des contaminations en quatorze jours. En Europe, le Cyber Resilience Act imposera des exigences de sécurité aux objets connectés dès le 11 décembre 2027.
Nous devrions chercher à durcir nos systèmes pour freiner la propagation de tels réplicateurs, mais aussi nous préparer à affronter un monde où ils sont là pour rester.