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"On peut enterrer n’importe qui" : à Hollywood, salir une réputation est un business lucratif
Faux sites, faux comptes et liens cachés pour piéger Google : une enquête du "New York Times" révèle comment un avocat, une attachée de presse et un stratège du web sont accusés d’avoir industrialisé la calomnie. Leurs cibles : des femmes qui avaient dénoncé des violences.
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Elles s’appellent Blake Lively, Alexa Nikolas ou Jessica Serfaty. Leur point commun ? Toutes ont accusé un homme de violences ou de harcèlement, et toutes ont vu, peu après, leur nom traîné dans la boue sur internet. Alexa Nikolas parle même de "torture psychologique".
C’est une enquête du New York Times qui le révèle : plus de soixante personnes interrogées, des centaines de sites anonymes épluchés... La méthode est toujours la même. Un faux site au nom de la cible, qui l’accuse de prostitution ou de mythomanie. Des faux comptes sur X et Instagram pour le relayer. Et des centaines de liens cachés, pour que ce site sorte en premier quand on tape son nom sur Google. Car Google fait confiance à une page dont beaucoup d’autres parlent. On fabrique la rumeur, puis les faux témoins.
Une publication partagée par The New York Times (@nytimes)
Tout part de Blake Lively, la star du film romantique Jamais plus. Elle accusait son partenaire, Justin Baldoni, de harcèlement, puis d’une campagne de dénigrement. Sa plainte a fait remonter des SMS et révélé les autres affaires. Dans l'enquête signée Debra Kamin, partout, l'ombre d'un même trio : un avocat surnommé le "pit bull", Bryan Freedman, une attachée de presse spécialiste des crises, Melissa Nathan et un stratège texan, Jed Wallace, qui se présente sur LinkedIn, le réseau social professionnel, comme un "tueur à gages". Le droit, la presse, Google : le pack complet.
Dans une note vocale révélée par le Hollywood Reporter, Jed Wallace, explique sa méthode à un de ses clients :
"C’est entièrement indexé ? Google le reconnaît maintenant comme un site établi, donc il va grimper dans les résultats, et ça, c’est putain de spectaculaire. Ça va devenir vraiment moche pour cette fille."
Cher, très cher : 110 000 dollars, d'après cet échange entre Melissa Nathan et une actrice en conflit avec sa productrice repris par le New York Times. Et le service ne sert pas qu’à faire taire des victimes.
Les accusés démentent, aucun n’a été condamné. Mais presque dix ans après MeToo, une femme qui parle ne risque plus seulement sa carrière. Elle risque sa page Google. Ce premier résultat qui la suivra partout, chez un employeur, un nouvel amour. Une condamnation sans procès, et sans fin. Le 5 octobre, nous fêtions l’anniversaire du mouvement MeToo. Aucun doute, neuf ans plus tard, le retour de bâton est bel est bien là, pire il est devenu un commerce.