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TÉMOIGNAGES. "Je veux que les coupables soient désignés" : près de huit ans après l'explosion de la rue de Trévise, les victimes et les proches espèrent enfin obtenir justice
L'explosion avait fait quatre morts et près de 200 blessés, au cœur de la capitale, dans le 9e arrondissement. Près de huit ans après, la ville de Paris et le syndic de copropriété d'un immeuble de la rue sont jugés pour homicides et blessures involontaires.
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C'est l'une des questions, qui sera au cœur du procès qui s'ouvre mardi 20 octobre au tribunal correctionnel de Paris : l'explosion de gaz, rue de Trévise à Paris, le 12 janvier 2019, aurait-elle pu être évitée ? "C'était un énorme boum, c'est traumatisant, je l'entends très souvent, raconte Inès, qui avait alors 22 ans et travaillait dans un hôtel, rue de Trévise. Les pompiers étaient en train de chercher la fuite et malheureusement, ça a explosé. Les deux pompiers sont morts devant mes yeux, puis j'ai vu une boule de feu venir sur moi. J'ai eu les deux jambes explosées, ainsi que le ventre et le poignet." Depuis l'explosion, la jeune femme se déplace en béquilles ou en fauteuil roulant.
Pour les victimes, ce procès, qui va durer sept semaines, jusqu'à début décembre, est nécessaire, et intervient après une longue attente : "Huit ans après, ma vie se résume seulement au parcours médical et au parcours judiciaire, poursuit Inès. Il est temps qu'on tourne la page sur cette affaire et que les responsables assument… s'excusent même." Aujourd'hui, Inès ne sera pas présente, elle doit se faire opérer, encore. "C'est plus de cinquante interventions sous anesthésie générale", confie-t-elle.
Les responsables sont, d'après les experts, le syndic de l'immeuble et la mairie de Paris, car l'explosion est due à une fuite d'eau dans les caves, réparée tardivement. Le terrain s'était affaissé, ce qui a entraîné la rupture d'une canalisation de gaz, sous le trottoir.
Ce procès doit servir d'exemple, pour les proches de Nathanaël Josselin, un des pompiers tués. L'homme avait alors 27 ans et un fils de 4 ans. Habitante d'une petite ville de l'Yonne, sa mère témoigne : "Nathanaël, c'était un grand cœur, toujours prêt à défendre tout le monde." Son fils a été "victime d'une incompétence", selon elle. Il y avait eu plusieurs réfections du trottoir après l'affaissement du sol : "Quand quelque chose se fissure et qu'on ne répare que la surface, on se doute bien qu'à un moment, ça va recommencer, dit-elle. Je veux que les coupables soient désignés, condamnés et qu'ils apprennent de leurs erreurs."
Soraya, la grande sœur, montre une photo de son frère accrochée au mur du salon, au-dessus d'une rose rouge et de deux casques de pompier. "C'est le petit coin pour lui, dit-elle, avec toutes les médailles, ses diplômes…" Les avocates de Patricia, Soraya et Ludye-Ann, elles, n'attendent pas de réponse de ces semaines d'audience, "puisque nous les avons déjà grâce à une instruction complète et rigoureuse", estime Maître Marine Depoix. "Nous attendons des prévenus qu’ils assument ce qui a été fait, mais surtout ce qui n’a pas été fait. Qu’ils adoptent enfin une position digne de la souffrance causée. Ils le doivent à nos clients, ils le doivent à toutes les victimes", poursuit Camille Picard.
De leur côté, le syndic de l'immeuble et la ville de Paris contestent leur responsabilité dans l'explosion. En ce début d'audience, la mairie dit sa profonde solidarité avec les victimes, mais ses avocats écartent tout manquement des services municipaux. "La Ville tient à redire sa profonde solidarité avec les victimes de l’explosion, leurs proches et toutes les personnes qui ont été durement touchées par ce drame, déclarent à franceinfo les avocats ville de Paris. La Ville souhaite que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cette explosion et que les responsabilités de chacun soient établies conformément au droit. Sans jamais nier la douleur des victimes, la Ville rappelle que ses services ont agi avec diligence et professionnalisme et aucun manquement de leur part n’est à l’origine de l’accident."
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