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« On utilise l’IA » : un cadre de Xbox brise le secret avant de supprimer son compte
Chez Xbox, un cadre a dit tout haut ce que l’industrie du jeu vidéo évite de dire. Entre le dimanche 18 et ce lundi 19 octobre, Brandon Stirrup, responsable senior de la stratégie commerciale de la division, a publié sur X une série de messages qui se résument en une phrase : « on utilise l’IA ». Il se disait prêt à « encaisser » si cela permettait à « des centaines » de collègues d’arrêter de faire semblant. Lundi soir, ses messages avaient été supprimés et son compte X avait disparu.
Tout est parti d’un projet du week-end. Brandon Stirrup raconte avoir « vibe-codé » un jeu « mauvais mais améliorable » en deux jours, dont environ trois heures de travail actif. Le vibe coding consiste à décrire en langage courant ce qu’on veut à une IA, qui écrit le code à sa place. Sa conclusion : « n’importe qui peut créer un jeu ».
Puis le ton est monté. « Si je suis viré demain, ce sera parce que je vous ai dit la vérité que personne ne veut que vous sachiez », a-t-il écrit. Il assure qu’un simple prompt (la consigne écrite qu’on donne à l’IA) suffit déjà pour obtenir des jeux sur mesure, « pour le meilleur ou pour le pire ».
Pour Brandon Stirrup, le jeu vidéo est la seule industrie qui traîne des pieds, parce que les joueurs voient l’IA d’un mauvais œil. « Les utilisateurs veulent la vérité. On utilise l’IA », a-t-il insisté, en ajoutant que toutes les entreprises le font en 2026. Il est allé plus loin en estimant qu’un concepteur qui ne voit aucune place pour l’IA dans son avenir n’a rien à faire dans le monde des affaires.
Pour le joueur, cette IA utilisée en coulisses reste de toute façon invisible. Depuis la mise à jour de ses règles en janvier 2026, Steam n’oblige plus les studios à signaler les assistants de code et autres outils de productivité. Seuls les contenus générés que le joueur voit ou entend (images, voix, textes, musique) doivent être déclarés sur la fiche du jeu.
La parole de Brandon Stirrup n’engage toutefois que lui. Il travaille sur la stratégie commerciale, n’avait jamais développé de jeu avant ce week-end et ne s’exprimait pas au nom de Microsoft. Les « centaines » d’employés qui utiliseraient l’IA sans le dire ne reposent que sur ses messages.
Pourtant, Microsoft ne fait pas mystère de ses essais. En février 2025, Xbox a présenté Muse, un modèle d’IA capable de générer des visuels et du gameplay. Deux mois plus tard, pour les 50 ans de l’entreprise, Microsoft a montré une démo de jeu générée par IA, au résultat catastrophique.
Surtout, Asha Sharma, CEO d’Xbox et ancienne cadre de l’IA chez Microsoft, a lancé Xbox Labs le 13 octobre. Cette petite équipe doit explorer de nouvelles façons de porter, remixer et créer des jeux, après plusieurs semaines de mods faits avec l’IA, dont un Call of Duty qui tournait dans un navigateur web. Dans son annonce, elle ne parlait pourtant pas directement d’IA.
Sa ligne officielle date de sa nomination, en février : Xbox ne cherchera pas « l’efficacité à court terme » et n’inondera pas son écosystème de « bouillie IA sans âme ». Elle disait aussi n’avoir « aucune tolérance pour la mauvaise IA », tout en rappelant que l’IA fait partie du jeu vidéo depuis longtemps.
Les autres éditeurs avancent eux aussi avec prudence. En juin, Capcom a promis de ne pas mettre d’IA générative dans ses jeux, tout en reconnaissant s’en servir pendant le développement.