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90 % du code écrit par l’IA : chez Proton, le CEO traite de « losers » les ingénieurs qui veulent encore prendre le temps de tester la sécurité
Le média américain 404 Media a publié ce jeudi 29 octobre une enquête sur la manière dont Andy Yen, CEO et cofondateur de Proton, impose l’IA à ses ingénieurs. Le journaliste Joseph Cox a interrogé huit salariés et un ancien employé. Il a aussi consulté des conversations Slack, des enregistrements de réunions et un manifeste interne de l’entreprise.
Proton, c’est la grande alternative aux géants américains avec ses services Proton Mail, Proton VPN ou encore Proton Drive et Proton Pass. L’entreprise suisse revandique plus de 100 millions de comptes.
Tout part d’un échange fin août dans le canal Slack consacré à la sécurité. Un employé y a demandé de prendre au moins quelques jours pour faire un pentest, c’est-à-dire un test de sécurité où l’on essaye d’attaquer soi-même le nouveau code pour y trouver des failles avant de le mettre en production. Andy Yen lui a répondu que c’était « des conneries et une mentalité de perdant ». Dans un message suivant, il enfonce le clou « il n’y a que les losers qui pensent comme ça ». Il a ensuite demandé à l’équipe d’arrêter de « coder de façon artisanale avec passion », et d’utiliser davantage l’IA.
Ces derniers mois, Andy Yen a aussi créé une adresse email où les salariés peuvent signaler tout ce qui bloque l’adoption de l’IA dans l’entreprise. La direction veut ainsi « écraser sans pitié tout ce qui ralentit l’IA ». Proton a en plus installé sur les ordinateurs de ses employés un logiciel qui mesure la quantité de code généré par IA dans l’entreprise. Pour une entreprise qui fait la promotion de la vie privée et de la confidentialité, il y a de quoi s’interroger.
Toujours sur Slack, le CEO a annoncé que 2026 serait la dernière année où Proton embauche des ingénieurs. À partir de l’an prochain, l’entreprise recrutera plutôt des chefs de produit chargés de construire avec l’IA.
Le directeur technique, Bart Butler, a suivi la même ligne en septembre avec un « manifeste IA » publié sur Slack, qui annonçait aux ingénieurs que leur ancien métier avait disparu. Il y demande que la plupart du code soit relu par l’IA plutôt que par des humains. Lors d’une réunion dont 404 Media a obtenu l’enregistrement, il a affirmé que 90 % du code produit chez Proton en octobre avait été écrit par l’IA, en bonne partie avec Claude, l’IA américaine d’Anthropic. Là encore, la posture d’alternative européenne et souveraine de Proton en prend un coup.
En début de semaine, Proton a prévenu par email qu’il allait ré-interviewer ses salariés sur leur usage de l’IA. « Ces ré-entretiens auront des conséquences », précisait le message, et les employés interrogés par 404 Media y voient une menace de licenciement. Un ingénieur expérimenté a proposé d’accompagner plutôt ceux qui sont à la traîne. Andy Yen lui a répondu que la direction savait déjà « plus ou moins qui est en retard ».
Un document interne obtenu par 404 Media éclaire cette pression. Faute de « vélocité suffisante », Proton n’est pas en voie d’atteindre d’ici la fin de l’année son objectif de revenu annuel récurrent, c’est-à-dire le chiffre d’affaires assuré par les abonnements. Selon le même document, la croissance annuelle reste « loin de ce que le marché considère aujourd’hui comme bon », et « selon tous les indicateurs qui comptent, nous sommes une entreprise qui sous-performe ».
Proton n’a contesté aucun des faits rapportés par 404 Media. Un porte-parole reconnaît que certains salariés sont mécontents, que « beaucoup de gens sont inquiets », et que la direction a parfois été trop brutale ou trop lente à s’expliquer. Il promet d’y travailler.
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