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La Marine nationale a désormais un robot sous-marin capable de plonger à 6 000 mètres, conçu en un temps record
Le robot sous-marin ROV-DeepSea a bouclé ses essais de qualification au-delà de 5 000 mètres de profondeur. Conçu par LD TravOcean pour la Marine nationale, il dote la France d’un nouvel outil d’intervention dans les grands fonds marins.
Développé pour la Marine nationale sous la houlette de la Direction générale de l'armement (DGA), le robot sous-marin ROV-DeepSea est désormais qualifié pour explorer les grands fonds marins, a-t-on appris cette semaine. Long de trois mètres et pesant 3,6 tonnes hors de l'eau, il est conçu pour descendre jusqu'à 6 000 mètres de profondeur, là où la pression écraserait à peu près tout ce qui n'a pas été pensé pour elle. Et on ne retrouve pas un géant de l'armement derrière cet appareil, mais une entreprise de La Ciotat (dans les Bouches-du-Rhône), dont le métier consiste d'ordinaire à poser des câbles au fond de la mer.
Avant d’entrer au service de la Marine nationale, le ROV-DeepSea devait passer ses essais de qualification, avec une série de plongées pour vérifier qu’il fonctionne comme prévu, palier après palier. Ces tests ont été menés par DGA Techniques navales, le centre d’expertise et d’essais de la DGA dédié au naval, avec la Marine. En juillet, au large de Toulon, le robot a d’abord fait ses gammes jusqu’à 2 500 mètres, lors d’une campagne dite « petits et moyens fonds ». En septembre, il a mis le cap sur la Grèce, où la Méditerranée atteint ses plus grandes profondeurs. Il y a franchi la barre des 5 000 mètres.
ROV signifie Remotely Operated Vehicle . Autrement dit, on parle d'un engin sans pilote à bord, manœuvré depuis la surface, auquel il reste relié par un câble. Il est taillé pour opérer jusqu'à 6 000 mètres, de quoi couvrir 97 % des fonds océaniques. À cette profondeur, la pression avoisine 600 fois celle que l'on subit en surface. Pour ne pas couler comme une pierre, le robot embarque des blocs de mousse syntactique, un matériau truffé de microbilles creuses qui encaisse l'écrasement sans broncher.
Le ROV-DeepSea est un beau bébé qui mesure 3,07 mètres de long, 1,48 mètre de large et 2,5 mètres de haut, pour une puissance totale de 100 chevaux. Garni d'outils et d'instruments, il ne fait pas qu'observer, puisque développé sur mesure pour la Marine nationale, il doit l'épauler dans ses trois missions au fond des océans, que sont connaître, surveiller et agir.
Son constructeur ne vient pas du monde de la défense. Née à Marseille en 1977 et installée aujourd'hui à La Ciotat, LD TravOcean compte près de 150 salariés. Sa spécialité, c'est l'installation et la protection de câbles sous-marins. Dès 1978, elle participait au projet IFA 2000, une liaison électrique entre la France et l'Angleterre. Elle a ensuite œuvré dans des secteurs comme les hydrocarbures, les télécoms puis l'éolien en mer, avec des filiales aux Émirats arabes unis, aux Pays-Bas et en Australie.
Le contrat avec la Direction générale de l'armement lui a été notifié en septembre 2024, et l'évolution a depuis été tout simplement impressionnante. Il n'a fallu que 21 mois seulement pour concevoir et fabriquer le robot. L'entreprise a travaillé main dans la main avec la DGA, l'état-major de la Marine et le GISMER, groupe d'intervention sous la mer rattaché au Centre expert plongée humaine et intervention sous la mer (CEPHISMER). Cette filiale du groupe LD Armateurs, qui exploite une trentaine de navires, rejoint ainsi la base industrielle et technologique de défense, ce cercle d'entreprises qui équipent les armées.
Dès 2023, le Secrétariat général pour l'investissement a confié son développement à la DGA, au titre de l'objectif de France 2030 consacré aux grands fonds marins. C'est un terrain où se croisent les intérêts économiques, environnementaux et les enjeux de sécurité. Le projet s'inscrit aussi dans la stratégie de maîtrise des fonds marins publiée en 2022 par le ministère des Armées. La suite est déjà connue. Dans le cadre du programme à effet majeur MFM, la DGA prépare la commande d'un deuxième système. L