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Fusils, boucliers, grenades lacrymogènes et LBD… Une histoire des outils du maintien de l’ordre
Les lycéens en ont fait l’une de leurs revendications : que l’État renonce à utiliser les grenades à gaz lacrymogène, particulièrement celles assourdissantes, et les LBD. Retour sur les raisons pour lesquelles elles ont été déployées dans notre passé.
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Pour bien comprendre la logique de leur usage, il faut remonter haut dans le passé et se pencher sur le statut même du droit de manifester. Car pendant très longtemps, les manifestations étaient interdites. Elles étaient considérées comme des menaces de révolte. C’est l’armée qui les réprimait, même quand on commence à reconnaître le droit de grève, en 1864, sous le Second Empire.
Il permettait de tenir une ligne face aux manifestants, de les frapper à coups de crosse. On utilisait rarement la baïonnette dans ces situations. Les gendarmes étaient équipés de fusils courts, les mousquetons, et frappaient aussi avec.
Parfois, la cavalerie était appelée en renfort. Les dragons et la garde nationale à cheval étaient, comme les gendarmes à cheval, équipés d’épées. Ils frappaient avec le plat de la lame pour assommer ou cogner les manifestants et ne pas ouvrir de plaies ou les tuer. Encore dans les années 1930, la méthode était employée.
Quand la situation dégénérait, l’ordre pouvait être donné de tirer. On ouvrait le feu à balles réelles, comme le 1er mai 1891, à Fourmies, sous la IIIe République, alors que les ouvriers sont des citoyens comme les autres. Les grévistes, avec des femmes et des enfants, avaient jeté des pierres. Le lieutenant sur place s’inquiète d’un débordement. Il ordonne d’ouvrir le feu avec le nouveau fusil Lebel, une arme de guerre très puissante. Résultat : 10 morts et 30 blessés.
L’une des fusillades les plus graves a lieu à Alger juste après les accords d’Évian, le 26 mars 1962. 30.000 Européens d’Algérie manifestent contre les accords. La foule est bloquée rue d’Isly. Un cordon de soldats en position ordonne la dispersion. La tension monte alors qu’un tout jeune lieutenant est en charge de la manœuvre. D’un coup, la fusillade éclate, faisant 46 morts et 200 blessés, bilan alourdi par la suite.
Après cela, le déploiement d’armes à feu dans les manifestations se raréfie. Il n’y en a pratiquement pas après 1968.
Ce nouveau modèle est issu du nouveau cadre juridique après 1935, face aux mobilisations de l’extrême droite et de la gauche. Les manifestations sont reconnues, cadrées, canalisées avec l’accord des préfets grâce à un nouveau décret-loi.
Dès 1938, les premières grenades lacrymogènes sont utilisées contre les ouvriers de Boulogne-Billancourt en grève. On les avait imaginées dans le cadre de la préparation de la Grande Guerre, en 1913. 30 ans plus tard, en 1968, elles sont devenues courantes lors des manifestations. Et les policiers utilisent des matraques de bois, puis surtout des matraques en caoutchouc censées étourdir sans ouvrir de plaie. Plus de sabres ni de balles réelles. Le bouclier, encore rare en mai 68, est généralisé après, car les manifestants jettent pavés et autres pierres sur les forces de l’ordre.