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RECIT. De la découverte du corps d'une fillette anonyme au procès de ses parents, près de quarante ans d'enquête sur "la petite martyre de l'A10"
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Le corps mutilé de l'enfant de 4 ans avait été retrouvé sur le bord de l'autoroute en 1987. Son identité n'a pu être établie qu'en 2018. A partir de lundi, ses parents vont être jugés à Blois par la cour d'assises du Loir-et-Cher.
Dans le petit cimetière de Suèvres (Loir-et-Cher), près de Blois, la tombe de la toute jeune Inass Touloub fait partie des plus fleuries. Elle n'a longtemps été ornée que d'une simple épitaphe : "A la mémoire de la petite inconnue de l'autoroute A10". Il aura fallu 31 ans d'enquête et de persévérance pour que l'on redonne une identité à cette fillette, dont le corps mutilé a été retrouvé au cœur de l'été 1987, le long des glissières de l'autoroute A10, toute proche.
Les parents de la petite suppliciée de 4 ans doivent comparaître devant la cour d'assises du Loir-et-Cher, du lundi 2 au vendredi 18 novembre. Sa mère, Halima El Bakhti, est poursuivie pour "tortures et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Son père, Ahmed Touloub, pour "complicité". Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Après une période de détention provisoire, ils ont été libérés et placés sous contrôle judiciaire et comparaîtront donc libres.
Ce procès "exceptionnel", selon les mots de Fabrice Belargent, procureur général à la cour d'appel d'Orléans, a bénéficié de moyens conséquents, afin que l'enceinte du palais de justice de Blois, peu adaptée à ce genre d'audiences très médiatiques, puisse se tenir. L'affluence s'annonce forte pour l'aboutissement de l'un des plus anciens "cold cases" de France, qui a alimenté pendant des décennies la chronique judiciaire.
Tout commence le 11 août 1987 dans l'après-midi, lorsque deux employés de la société Cofiroute s'affairent à débroussailler les abords de l'autoroute A10, alors qu'un ballet incessant de voitures, coffres chargés de valises, trace vers le sud de la France. Vers 15 heures, à hauteur du kilomètre 135, sur l'axe reliant Orléans à Blois, les deux hommes découvrent un "paquet". Enveloppée dans une couverture en laine bleue, gît une petite fille, vêtue d'une culotte en coton blanc, d'un maillot de corps rayé et d'une robe de chambre à carreaux. Ses cheveux sont bruns et bouclés. Son âge est estimé entre 3 et 5 ans.
La dépouille présente des traces évidentes de sévices. Des fractures, une côte cassée, des brûlures venant notamment d'un fer à repasser, des ecchymoses disséminées sur tout le corps, y compris sur le visage. Et surtout, une quinzaine de morsures. "De toute évidence, nous sommes en présence d'une enfant battue, et ce de longue date", relève l'expertise figurant dans l'arrêt de la chambre de l'instruction, que franceinfo a pu consulter.
"On s'est tous juré de trouver celui qui a fait ça", témoigne Pierre Bouyssic, premier substitut du procureur de la République de Blois, dans la série documentaire consacrée à l'affaire, diffusée sur Canal+. Avec toutefois une difficulté de taille, relatée par Rémy Maunier, chef des gendarmes de la section de recherche d'Orléans à l'époque : "On n'a pas encore de possibilité de faire des recherches ADN. On travaille sur le renseignement pur".
Un mois plus tard, le 9 septembre 1987, la fillette est inhumée dans le cimetière de Suèvres, un village de 1 300 habitants près de Blois. Les gendarmes sont discrètement postés aux abords. Habillés en civil, ils observent de loin la vingtaine de personnes venue lui rendre hommage et guettent ensuite jour et nuit, des semaines durant, les allées et venues autour de la tombe, dans l'espoir qu'un meurtrier pris de remords vienne s'y recueillir.
Les enquêteurs enchaînent les opérations de porte-à-porte dans tout le Loir-et-Cher et dans les départements limitrophes. Le visage de l'enfant circule partout. D'abord sous forme de croquis. Puis, faute de témoignages probants, les enquêteurs se décident à diffuser sa photo retouchée, pour ne pas choquer le public. Au-dessus de l'