// CLUBIC — CYBERSECURITY
Plus de 9 000 liens signalés, Europol s’attaque à la propagande terroriste dans les jeux vidéo
Europol a coordonné une vaste opération contre la propagande terroriste diffusée dans les jeux vidéo en ligne. En mobilisant 16 pays, plus de 9 000 liens ont été signalés vers des jeux de rôle extrémistes susceptibles de servir au recrutement.
Europol s'attaque aux jeux de rôle terroristes qui se jouent sur les plateformes de jeu vidéo et les réseaux sociaux. L'agence a dévoilé ce mardi 3 novembre le bilan d'une journée d'action menée avec l'Espagne notamment contre le « LARPing » extrémiste, du nom anglais du jeu de rôle grandeur nature, transposé ici dans des univers virtuels où l'on se glisse dans la peau d'un membre de groupe terroriste. Sous ses airs de divertissement entre joueurs, la pratique sert aussi à diffuser de la propagande et à recruter, jusque chez les mineurs. Des milliers de liens ont été transmis aux services concernés.
Aux commandes de l'opération, il y avait l'EU IRU, l'unité d'Europol chargée de repérer les contenus terroristes en ligne et de les signaler aux sites qui les hébergent. Pour cette « journée de signalement », menée aux côtés de l'Espagne, elle a fédéré des unités spécialisées de 16 pays. Plus de 9 000 liens, c'est-à-dire des adresses web menant à des publications ou vidéos problématiques, ont été repérés sur 47 réseaux sociaux et plateformes de jeu, puis transmis aux plateformes concernées.
Ces contenus sont aussi bien portés par des individus esseulés que des groupes, des réseaux ou des organisations, avec un éventail idéologique très large, qui va du djihadisme à l'ultradroite, en passant par l'ultragauche et la mouvance anarchiste.
Dans ces communautés, le jeu vidéo devient une scène de théâtre au service de l'extrémisme. Les joueurs y reproduisent l'organisation d'un groupe terroriste, ses symboles et ses récits, c'est-à-dire la façon dont il raconte et justifie sa cause. Ils vont jusqu'à rejouer des attentats. Ce qui ressemble d'abord à une simple partie peut ensuite se structurer. Des contenus de propagande sont fabriqués puis diffusés, et l'on cherche à attirer de nouveaux membres, mineurs compris. Europol considère qu'en plongeant les joueurs dans ces idéologies à travers une expérience interactive, où l'on agit au lieu de simplement regarder, ces communautés contribuent à la radicalisation.
La portée de l'opération conduite par Europol doit tout de même être nuancée, car un signalement n'équivaut pas forcément à une suppression. L'agence européenne alerte les plateformes qui hébergent les contenus, et c'est à elles de décider de les retirer, ou non. L'enjeu, selon Europol, est d'enrayer la diffusion de cette propagande avant qu'elle ne serve à recruter ou à pousser au passage à l'acte violent. Le communiqué de ce 3 novembre ne nomme ni les plateformes ni les jeux concernés, pas plus qu'il ne chiffre les retraits effectifs.
Ce n'est pas une première dans le genre pour Europol, qui avait déjà mené une première opération sur ce phénomène en 2025. Ces « journées de signalement » font partie d'un programme au long cours de l'EU IRU, qui s'attaque tour à tour aux différentes formes de propagande terroriste en ligne. Dans le TE-SAT 2026, son rapport annuel sur l'état du terrorisme dans l'Union européenne, Europol classe d'ailleurs l'exploitation des jeux vidéo en ligne parmi les menaces émergentes, autrement dit un danger récent, encore en train de se dessiner.
De son côté, la Commission européenne, dans son programme antiterroriste ProtectEU présenté en 2026, appelle à travailler plus étroitement avec l'industrie du jeu vidéo. Pour traduire ces priorités en actions concrètes, comme cette journée de signalement, l'EU IRU s'appuie sur un réseau spécialisé, l'Online Gaming Network. D’autres journées de signalement devraient suivre prochainement.