// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
"C'est le seul enfant que j'ai vu dans cet état" : au procès des parents de "la petite martyre de l'A10", le calvaire d'Inass Touloub se dessine
Le médecin ayant réalisé la radiographie de la petite fille suppliciée a détaillé les fractures retrouvées sur sa dépouille. Mais au deuxième jour du procès, les parents de l'enfant ont livré des réponses encore très succinctes.
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Il est le témoin par lequel tout commence. Frédéric Laujon avait 21 ans, à l'été 1987. Pour financer ses études, il travaille comme saisonnier pour la société Cofiroute, chargée de l'entretien d'une partie du réseau autoroutier français. Il s'occupe de faucher les herbes hautes au pied des glissières de sécurité. Le 11 août, cette année-là, il s'affaire sous un soleil de plomb au niveau du point kilométrique 135 de l'autoroute A10, entre Orléans (Loiret) et Blois (Loir-et-Cher), lorsqu'il aperçoit, en contrebas du fossé, un petit corps enroulé dans une couverture de laine bleue.
Le vent soulève les coins de ce linceul de fortune et laisse apparaître le visage "très tuméfié" de la petite Inass Touloub qui deviendra, au fil des décennies, "la petite martyre de l'A10". "J'ai été pris de panique", se souvient cet enseignant aujourd'hui âgé de 60 ans, qui témoigne, mardi 3 novembre, face à la cour d'assises du Loir-et-Cher, au procès des parents de la fillette. Pour lui, la dépouille suppliciée de la fillette de 4 ans a été déposée, pas "jetée", sinon, elle "aurait roulé".
Une patrouille des gendarmes autoroutiers de Blois arrive sur place dans les minutes qui suivent, bientôt rejointe par les enquêteurs de la section de recherches (SR) d'Orléans, dont fait partie Francis Fourcroy. Le gendarme, âgé de 36 ans à l'époque, effectue les premières constatations à la morgue. Il est alors "tout jeune chef" de la SR.
A la barre, ce grand homme grisonnant de 75 ans se souvient parfaitement du "visage tuméfié, très marqué" de la petite Inass. ll revoit aussi le corps de l'enfant, parsemé d'innombrables "blessures". Mais aussi de "morsures", qu'"on attribuait au départ à un petit animal", explique-t-il. Des analyses complémentaires confirmeront qu'elles sont bien humaines, causées par une femme adulte. "C'est le seul enfant dans ma carrière que j'ai vu dans cet état", glisse le gendarme retraité à la barre, ému.
Philippe Agnard, le troisième témoin du procès, étaye le calvaire vécu par la petite fille : ce médecin radiologue à la retraite a réalisé l'examen radiographique du corps en 1987. Il détaille les différentes lésions, dont une fracture de la côte droite, une calcification du coude, et s'arrête longuement sur celle de l'humérus droit de la fillette, cet os long qui constitue le squelette du bras. Selon lui, "cette lésion a été négligée".
"Ce type de fracture est extrêmement douloureux. D'autant que si elle n'a pas été immobilisée, à chaque mouvement, la douleur réapparaît. A chaque petit mouvement qu'a fait cette enfant, elle a eu mal."
L'ancien médecin hospitalier précise que son examen ne permet pas de déterminer les causes du décès d'Inass Touloub, mais que l'ensemble constitue un tableau "que l'on voit régulièrement chez les enfants battus."
Les radios de son squelette sont diffusées. Ainsi que des clichés de l'enfant le long de l'A10, qui peuvent apparaître "éprouvants", "choquants", prévient la présidente de la cour d'assises, Audrey Debeugny. Elle invite le public à quitter la salle d'audience s'il le souhaite. Le visage abîmé d'Inass Touloub dépasse nettement de la grosse couverture bleue. La salle d'audience du tribunal de Blois se fige. Halima El Bakhti et Ahmed Touloub, ses deux parents, fixent le sol.