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Des hackers de la honte ont réglé des chambres de l'Établissement français du sang sur 110 °C
L'Établissement français du sang a confirmé une cyberattaque contre l'un de ses prestataires frigorifiques. Les chambres froides de trois sites, où sont stockées des poches de plasma, ont vu leurs réglages de température modifiés à distance.
Une cyberattaque visant un prestataire de l'Établissement français du sang (EFS) a déréglé, dans la nuit du 1er au 2 novembre, les chambres froides de trois de ses sites. D'après Le Canard enchaîné, qui a révélé l'affaire, des équipements censés garder des échantillons de donneurs à –30 °C ont reçu l'ordre de monter jusqu'à 110 °C. Dans un communiqué publié le 3 novembre, l'EFS confirme l'incident et assure qu'aucun produit sanguin n'a été perdu.
L'EFS souligne d'emblée qu'il n'était pas directement visé. C'est l'un de ses prestataires qui a été touché, la société Coolworld, chargée de la maintenance de conteneurs de stockage de l'EFS, notamment en Bourgogne-Franche-Comté. Ses installations de supervision et de pilotage des chambres froides ont été atteintes, ce qui a provoqué des anomalies. Les seuils de température et de dégivrage ont été réglés sur des valeurs extrêmes. Quant aux 110 °C, il s'agit de la consigne envoyée aux machines, c'est-à-dire la température qu'on leur demandait d'atteindre.
Ces chambres froides contenaient des produits sensibles. Selon Le Canard, l'EFS a d'abord parlé d'échantillons conservés pour la veille sanitaire, avant de reconnaître que du plasma congelé destiné à la transfusion était aussi visé.
Le communiqué de l'EFS cite également du plasma réservé au fractionnement, le procédé qui permet d'en fabriquer des médicaments. Les alarmes ont fonctionné, et un technicien de permanence a vu les températures remonter pendant la nuit. Selon les cas, les appareils ont été repris en main ou mis hors service, et leur contenu a alors été déplacé par précaution.
Cette tragique cyberattaque rappelle celles qui touchent la grande distribution depuis plusieurs semaines. Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des centaines de supermarchés (Intermarché, Carrefour, Leclerc, Coopérative U…) ont vu leurs congélateurs chauffer au lieu de refroidir. L'ANSSI a désigné les contrôleurs du fabricant danois Danfoss comme cible de cette campagne, même si d'autres marques ont aussi été touchées. Les pirates auraient déclenché un dégivrage permanent avec une consigne de 50 °C. Des tonnes de denrées ont été jetées, et une nouvelle attaque de ce type a été menée ces derniers jours en Europe.
Rien ne permet pour l'instant d'affirmer que ces cyberattaques ont les mêmes auteurs, et l'EFS ne fait pas ce rapprochement publiquement. Le ministère de la Santé affirme qu'il y a « zéro conséquence opératoire ». L'EFS assure de son côté que les prélèvements et la distribution de produits sanguins continuent normalement. Il travaille avec l'ANSSI, l'agence nationale chargée de la cybersécurité, et avec le ministère, en plus d'avoir d'ores et déjà renforcé la surveillance de l'ensemble de ses équipements.